Le décor du Palais est certes ancien, mais le geste incroyablement moderne ! Ce 7 octobre 2000, le grand-duc Jean signe l’acte d’abdication par lequel il confie le trône du grand-duché de Luxembourg à son fils le grand-duc Henri.
En effet, à l’approche de ses 80 ans et après 36 ans d’un long règne tranquille, le très respecté et aimé monarque souhaite non pas mourir sur le Trône comme le veut la tradition, mais prendre une retraite amplement méritée. Son fils aîné, Henri, devient le neuvième grand-duc de ce lopin de terre du cœur de l’Europe, qui compte à peine un demi-million d’habitants, mais dont le produit intérieur brut pour chacun d’eux est le plus élevé du monde ! Henri est un jeune Souverain. À 45 ans, il est même le plus jeune chef d’État de l’Union européenne. Son épouse, la délicieuse Cubaine Maria-Teresa Mestre, fait une grande-duchesse de charme et de poigne. Leurs cinq enfants sont beaux, sains et aussi sportifs que leur paternel. Bref, toute l’apparence d’une famille moderne et équilibrée qui donne un coup de jeune à la monarchie grand-ducale. C’est d’ailleurs la volonté du nouveau couple régnant : une nouvelle approche, humaine, plus proche des gens que celle du grand-duc Jean et de la grande-duchesse Joséphine-Charlotte, plus réservés.

Le couple se veut plus moderne et plus proche de sa population

On pourrait d’ailleurs oser le parallèle avec Albert II et Paola de Belgique lorsqu’ils ont succédé comme Souverains au roi Baudouin et à la reine Fabiola. Comme son oncle Albert, Henri est jovial, affable et souriant. Comme sa tante Paola (par alliance), Maria-Teresa est brillante, lumineuse et fait montre d’un caractère trempé. L’intronisation, marquée par une prestation de serment du grand-duc Henri devant la Chambre des députés, se fera d’ailleurs devant nos Souverains, très proches de la famille grand-ducale.

La guerre des grandes-duchesses

Mais cette image d’Épinal est rapidement griffée par la révélation d’affaires privées… de leur fait. À l’occasion de la fête nationale en 2002, la grande-duchesse convoque les rédacteurs en chef de la presse luxembourgeoise pour leur faire part, en présence de son époux, de sa profonde mésentente avec sa belle-mère, Joséphine-Charlotte. Mais elle leur demande bizarrement de… n’en rien révéler ! Tout ce qu’il faut exiger d’un journaliste qui se respecte ! La nouvelle fait scandale. D’autant plus qu’un an plus tard, l’on découvre Joséphine-Charlotte atteinte du cancer. Très admirée par sa population d’adoption, la huitième grande-duchesse décède en 2005. La gaffe…

Autre problème privé qui vient déranger l’image publique du jeune couple régnant, les problèmes de liquidités d’une des familles régnantes les plus riches du gotha. En 2006, pour indemniser ses frères et sœurs écartés de la ligne de succession au trône, Henri souhaite vendre à l’État une forêt de 850 hectares. Un geste fort peu apprécié de l’opinion publique qui sera suivi d’un revirement et d’un compromis “à la belge” : si la forêt n’est pas vendue à l’État, celui-ci en prend l’entretien en charge en échange d’une ouverture des lieux au public.

Après les terres, les bijoux de famille

Cette transaction immobilière à peine échouée, l’on apprend que la famille grand-ducale procède à la vente des bijoux de Joséphine-Charlotte en vue de régler les droits de succession. Une annonce qui provoque un nouveau scandale, y compris en Belgique. N’oublions pas que Joséphine-Charlotte était la grande sœur des rois Baudouin et d’Albert et que dans sa cassette se trouvaient également des bijoux de la Couronne de Belgique que l’on sait justement pauvre en joyaux disséminés dans toute l’Europe par les mariages de ses princesses…

L’enfant de l’amour

Passons rapidement sur la naissance inopinée en mars de la même année 2006 de Gabriel, né des amours encore adolescentes du prince Louis, troisième enfant du couple, alors âgé de 19 ans, avec la jeune Tessy Antony, rencontrée au cours de son service militaire. Le couple se marie six mois plus tard devant un prêtre du Renouveau charismatique. Même si l’opinion publique La bienséance et les conventions sont sauves.

Non à l’euthanasie !

Car la famille a des convictions profondément catholiques. C’est d’ailleurs ce qui incitera, en 2008, le grand-duc à renâcler au moment de devoir signer la loi sur l’euthanasie voulue par le parlement luxembourgeois. La « conviction personnelle » invoquée ne satisfait pas les élus. La solution vient in extremis d’une révision de la Constitution qui le prive désormais de son droit de sanction des lois. Le problème est débloqué, mais le Grand-Duc a irrémédiablement perdu une partie de son pouvoir législatif. Heureusement pour lui, il n’en est pas encore à devoir se contenter d’inaugurer les chrysanthèmes, il lui reste un certain pouvoir d’influence politique, dans l’esprit des attributions actuelles d’Albert II en Belgique, à l’heure où chez nous d’aucuns aimeraient sérieusement les lui rogner…

Il reste encore au grand-duc Henri le soutien largement majoritaire d’une population encore profondément attachée à sa monarchie. Pour autant qu’il s’abstienne au maximum de gaffer à l’avenir…