Le Roi le plus critiqué de l’histoire de Belgique est raconté par sa fille, la princesse Esmeralda. Pour la première fois, un membre de la Famille royale raconte “sa” version de la Question royale. Un documentaire exceptionnel et émouvant, des photos de famille inédites !

Pour la toute première fois, un membre de la Famille royale parle de son histoire de Belgique, évoque sans détour le passé trouble de la guerre et la sombre Question royale ! À la faveur d’un documentaire sur le roi Léopold III, sa fille cadette, la princesse Esmeralda, a accepté de confier son sentiment et de raconter ce Roi méconnu, mal aimé sinon détesté par une partie de la population après la capitulation de mai 1940. Pour la première fois, elle révèle aussi comment la Question royale a été vécue de l’autre côté du miroir, à savoir par la Famille royale elle-même.

Diffusé au cours d’un “C’est du Belge spécial” le 25 février prochain sur la Une, “Léopold III mon père” est un documentaire exceptionnel réalisé par Nicolas Delvaulx. « Ce film a nécessité trois années de tournage et de postproduction », nous explique le réalisateur. « La princesse Esmeralda n’a jamais eu la moindre réserve et, en journaliste elle-même, aborde volontiers tous les thèmes, tous les sujets. De nos entretiens ressortent quelque 40 heures d’enregistrement. Elle a également mis à disposition des photos de famille inédites. » La Princesse a aussi emmené l’équipe de tournage sur les traces de son père, les lieux qui ont marqué sa mémoire : sa scolarité au collège d’Eton en Angleterre, le château d’Hirschtein en Allemagne où la Famille royale a été déportée, le chalet de la princesse Lilian en Autriche et, bien sûr, le domaine familial d’Argenteuil, résidence officielle de Léopold III après le mariage de Baudouin et jusqu’à sa mort en 1983… « Nous avons aussi rencontré toute une série d’observateurs et de spécialistes. » Entre autres, le président Valéry Giscard d’Estaing, Mark Eyskens et Herman De Croo pour les politiques, le Pr Christian De Duve pour les aspects scientifiques, l’acteur Jean Piat, les deux historiens Vincent Dujardin et Francis Balace, sans oublier la toute dernière interview du prince Alexandre,

fils aîné de Léopold III et Lilian. « Il s’agit d’un vrai boulot de fond. » La Princesse avait apprécié un premier travail du réalisateur sur le roi Léopold Ier, diffusé à la RTBF. « Nous avons envisagé la possibilité de découvrir la fonction royale par le côté humain. De livrer un angle plus intime de la Question royale. On connaît le Roi, mais on ne connaît pas vraiment l’homme. Quel était son état d’esprit lorsqu’il a été séparé de ses ministres ? Léopold III lui-même ne s’est jamais vraiment livré. Tout au long de sa vie, il a observé un certain devoir de réserve et s’est muré dans un silence officiel après la Question royale. Mais, en privé, il a passé beaucoup de temps avec sa fille cadette Esmeralda à qui il a pris le temps de se confier. »

Il voulait être explorateur

De fait, ce documentaire nous offre un autre visage de ce Roi si mal aimé. Un enfant né en 1901… rue de la Science, à Bruxelles, qui aurait voulu devenir ethnologue, botaniste ou biologiste et parcourir le monde comme un aventurier ! Mais qui est né pour devenir Roi. Une adolescence marquée par la Première Guerre mondiale où il sert comme simple soldat. Il entend son père, le Roi Chevalier, lui dire : « Si tu me succèdes, sache qu’il faut que la Belgique ait une bonne armée et que tu devras toujours rester avec cette armée ». Un conseil judicieux qui s’avérera pourtant fatal lors de la guerre suivante… En attendant, Léopold grandit, étudie à Eton, découvre la tombe de Toutankhamon avec sa mère, la reine Elisabeth, voyage aux États-Unis avec ses parents, seul au Congo. Il en revient avec un rapport qui fera scandale chez les colonialistes : puisqu’il plaide au Sénat pour une nouvelle éthique coloniale ! Un jeune homme engagé et beau, qui épouse une jolie Suédoise, Astrid Bernadotte, qui devient immédiatement l’icône du pays.

1934, le drame : Albert Ier se tue au cours d’une ascension dans les rochers de Marche-les-Dames. Le jeune Prince monte sur le trône à 33 ans, pas préparé à affronter les jeux politiques. Un an plus tard, la reine Astrid décède dans un accident de voiture en Suisse, et Léopold III devient à son tour une icône, celle du Roi veuf et inconsolable. Le règne de la solitude commence, sur fond de crise politique croissante. Jusqu’en 1940, Léopold III verra la chute de onze gouvernements dont certains ne dépassent pas 48 heures !

“Le chef des armées partage le sort de ses soldats”

Puis vient la guerre, l’invasion allemande. À la tête des troupes belges, le Roi ne peut éviter une capitulation devant l’avancée fulgurante de l’ennemi. Pressé de fuir par ses ministres, il refuse : « Le chef des armées ne déserte pas son poste et partage le sort de ses soldats jusqu’au bout ! » À l’instar de son père, il choisit de rester en Belgique, mais il devient pourtant le “traître de la Nation” en capitulant. Sa rencontre avec Hitler n’améliorera pas son image. Même s’il voulait intercéder pour le ravitaillement des civils et plaider la cause de ses soldats. Le Roi prisonnier détruit définitivement sa réputation lorsqu’il se marie, à la sauvette, le 11 septembre 1941, avec la fille du gouverneur de Flandre occidentale, Lilian Baels, 25 ans. Déportée par les Allemands à Hirschtein puis à Strobl près de Strasbourg, la famille royale sera libérée par les Américains « Il aurait mieux valu pour mon père qu’il suive le gouvernement à Londres, mais il est difficile de juger ce qui est décidé dans la tourmente », analyse la princesse Esmeralda. « De même, s’il n’avait pas été déporté par les Allemands et avait pu rester à Bruxelles au moment de la Libération, la face de l’histoire aurait changé. » Bref, après la guerre, lâché par ses ministres, craint par les Alliés et détesté par près de la moitié de la

population, Léopold III reste en exil pendant cinq ans en Suisse avant de revenir et d’abandonner bien vite le pouvoir à son fils Baudouin, sur fond d’émeutes violentes. Exilé à Argenteuil, Léopold retrouvera une vie de famille avec les trois enfants nés de son mariage avec Lilian, Alexandre, Marie-Christine et Esmeralda. Puis il peut enfin mener la vie dont il rêvait enfant, celle d’un explorateur. Il mènera quelque 45 expéditions en 33 ans, dont il a ramené 80.000 photos d’excellente facture. L’histoire prend parfois de curieux détours…

Documentaire “Léopold III mon père”, à voir sur la Une le 25 février prochain.