Représentante spéciale d’Unicef et d’ONUSida au Liberia, elle s’est montrée très pro et a évité de se prononcer sur les sujets sensibles. La duchesse de Brabant a choisi son avenir en connaissance de cause et y est bien préparée.

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L’œil rond, jaune et vaguement inquiet, elle ne perd rien de la scène. Comme pour confirmer sa vision, elle tourne le cou à 180º pour mieux scruter de son autre œil latéral la personne qui s’approche. Tremblant de toutes ses plumes, la crête basse, la plus belle poule du village quitte soudain les mains de sa propriétaire pour celles d’une dame grande, fine et bien apprêtée. Allons, sa dernière heure n’est pas encore venue ! Devant la population venue l’accueillir, la dame à la coiffure impeccable remet le précieux volatile entre les mains de son garde du corps. L’emplumée sera offerte, comme le veut la tradition, à la famille la plus pauvre de la communauté qui risque bien, cependant, de la transformer rapidement en poule au pot pour fêter ça !

La princesse et les fourmis

Dans ce petit village de Kpo Clan, du comté de Bomi, à quelques dizaines de kilomètres de la capitale Monrovia, la princesse Mathilde de Belgique ne laisse transparaître aucune surprise lorsqu’elle se voit remettre ce cadeau vivant, comme le veut l’accueil traditionnel des contrées rurales au Liberia. Mathilde a bien étudié ses dossiers, mais, d’instinct, elle sait aussi comment réagir à la situation. Elle ne paraît pas plus troublée lorsqu’elle enjambe l’impressionnante colonne de millions de fourmis légionnaires qui traverse le village de part en part, ravageant tout sur son passage et dissipant quelque peu la délégation officielle qui a littéralement… des fourmis dans les jambes ! Mathilde ne paraît pas non plus affectée par le climat tropical humide qui règne ici et vous transforme le plus sec des plats lyophilisés en soupe épaisse. Habituée des contrées exotiques et des expéditions depuis bien avant son mariage, la duchesse de Brabant ne s’est pas rendue au Liberia pour faire du tourisme. Dans ce pays laissé exsangue et en ruines par une terrible guerre civile dont il sort à peine, l’épouse du prince Philippe est venue à l’invitation d’Unicef et d’ONUSida en qualité de Représentante spéciale afin d’attirer l’attention sur la lutte contre la propagation et l’impact du VIH/sida sur les jeunes comme elle le fait depuis 2005, mais aussi pour mettre en lumière

la situation des femmes et des enfants victimes de violences, en particulier sexuelles, particulièrement courantes dans ce pays d’Afrique de l’Ouest. Avec un accent particulier sur l’éducation, thème cher à la Princesse, il s’agissait aussi pour Mathilde de Belgique d’encourager et de “booster” l’action nationale libérienne dans la lutte contre le VIH/sida pour en faire une priorité bien que l’impact de cette maladie y soit encore pour l’instant limité. « C’est vrai que le pourcentage de contamination est particulièrement faible par rapport à l’Afrique du Sud ou d’autres pays d’Afrique ou d’Asie », explique Michel Sidibé, le directeur exécutif d’ONUSida, l’agence des Nations Unies chargée de la lutte contre ce fléau à l’échelle mondiale. « Mais le Liberia, qui a connu des périodes très difficiles, 20 ans de crise et une guerre civile pendant 15 ans, a vu ses structures sanitaires complètement détruites. L’éducation y était tout récemment pour ainsi dire inexistante. Bref, toutes les conditions sont réunies ici pour une explosion du sida. Les risques sont énormes. C’est pour cela que nous voulions nous rendre en mission ici avec l’objectif d’aider les autorités locales à limiter et même réduire ce taux d’infection. »

Double impact

La présence de la Princesse est un atout dans cette lutte… « C’est une surprise très agréable ! Vous savez, je voyage avec beaucoup d’ambassadeurs. Mais j’ai vu en la princesse Mathilde un cri, un appel pour de la compassion et de la tolérance, un sens pragmatique, et cette idée de recadrer à tout moment le combat autour de l’éducation, notamment l’éducation de la jeune fille. Elle a totalement raison, c’est essentiel pour éradiquer efficacement les violences contre les femmes et repositionner la femme dans le débat actuel du développement. Je suis fier qu’elle soit notre représentante. » État d’esprit similaire chez Unicef Belgique. « L’impact est double », analyse Christian Wiener, le président d’Unicef Belgique. « La Princesse est, en Belgique, un formidable vecteur de confiance et de communication à l’égard de nos donateurs, mais il faut aussi voir l’impact, ici, sur le terrain ! Pour le Liberia et sa population, voir qu’autant de gens et de notoriétés se déplacent pour eux, ça les met en confiance et les convainc qu’ils sont sur la bonne voie. La Princesse est aussi devenue la présidente d’honneur de notre organisation pour la Belgique. Nous ne l’avons pas choisie pour sa notoriété, mais surtout parce qu’elle démontrait d’un réel intérêt pour nos activités. Pendant cinq ans, elle s’est impliquée très fortement. Aussi, il était naturel

pour nous de lui demander de devenir notre présidente d’honneur. Une décision qu’elle a prise après mûre réflexion. Ce qui prouve bien le sérieux de la démarche. »

Un seul message, pas de dérapage

À 37 ans, cette maman de quatre enfants connaît son métier. elle l’a choisi en connaissance de cause et, sur le terrain, elle sait ce qu’elle doit faire ainsi que ce qu’elle veut faire passer comme message. Face aux questions des journalistes qui aimeraient bien l’emmener vers les terrains polémiques de l’usage du préservatif, de la justice immanente pour les sidéens chère à Mgr Léonard ou encore de l’avenir de la monarchie et de son époux pour ne rien gâcher, fidèle à sa ligne de conduite, elle ne se laisse pas démonter et délivre le seul message qui lui tient à cœur (lire notre interview par ailleurs). C’est bien joué, même si, c’est regrettable, la spontanéité a désormais laissé le pas à la préparation. Pas de doute, cette princesse-là, elle est prête et plus que prête à affronter et remplir un jour, proche ou lointain, ses obligations d’épouse de souverain !