Rarissime : le Palais Royal s’est fendu d’un communiqué pour condamner la divulgation dans un livre de la teneur de ses colloques singuliers avec des responsables politiques.

Pas content, Albert II. © PN

Il n’est pas content, Albert II, pas content du tout! Déjà qu’il est empêtré dans une crise politique sans précédent, qu’il doit aider à démêler, comme les fils d’une bombe à retardement, avec le plus grand tact possible, d’aucuns brisent le tabou absolu: le secret de ses conversations. Dans le livre  “Belgique, un roi sans pays” (qui vient de paraître aux éditions Plon), les deux journalistes Martin Buxant et Steven Samyn dévoilent de larges extraits des entretiens que le Roi a poursuivi ces derniers mois avec des hommes politiques, notamment des présidents de parti.  Selon le principe constitutionnel d’irresponsabilité totale du Roi, le Souverain ne peut prendre position publiquement en matière de politique ou de faits de société, mais en privé et sous le sceau du secret, il fait part à tout un chacun, sans autre témoin que son interlocuteur, de ses positions. On ne sait si sa royale parole est d’argent, mais, en tout cas, le silence est d’or au sortir de ces colloques singuliers pour ne pas mettre en danger la personne publique et la fonction du chef de l’État.

Cette règle informelle, en vigueur depuis la création de notre monarchie constitutionnelle, se voit de plus en plus souvent bafouée par des responsables politiques en mal de confidences. Comme le disent très bien les deux auteurs du présent ouvrage, les mêmes personnalités politiques qui, aujourd’hui, crient au scandale dans la presse du pays et s’inscrivent en faux contre la divulgation de ces conversations secrètes s’épenchent aussi, tout au long de l’année, sous réserve du “off the record”, sur leurs entretiens privés avec le Roi. Nos deux homologues ont, quant à eux, strictement fait leur devoir, de rapporter le plus fidèlement possible et sous forme d’une chronique l’ensemble de ces confidences. Et de relater les conversations délicates que le Roi a eu avec certains présidents, comme Bart De Wever (on s’en serait douté), voire carrément houleuses comme avec  Alexander De Croo, le président de l’Open-VLD, les libéraux flamands, considéré par le roi comme le principal responsable de la chute du gouvernement et de la crise politique actuelle. Lequel en aurait fait le reproche au Roi !

Cet entretien du 16 juin 2010, le Palais y relève des inexactitudes, comme pour la journée du 8 octobre 2010, où, racontent les deux auteurs, le Roi, excédé, aurait dit qu’il ne laisserait jamais les politiques aller aux élections, lâchant un “ils n’ont qu’à se débrouiller”.  Les deux auteurs constatent que le Palais dément ces deux informations, mais que personne d’autre dans le milieu politique ne l’a fait. Steven Samyn d’ajouter aussi : ”le palais relève deux inexactitudes dans le livre, donc tout le reste est vrai ! Notamment le fait que le roi a dit qu’il n’autorisera jamais la tenue de nouvelles élections.” Les deux auteurs admettent toutefois que leur livre et la rupture du colloque singulier, vont sans doute compliquer la tâche du Souverain…