Comme dans un roman d’espionnage, la créatrice de la robe nuptiale de Catherine Middleton, Sarah Burton, a brouillé les pistes, multiplié les commandes et fait passer des valises secrètes à l’étranger pour obtenir ses matières premières. Hallucinant !

Sarah Burton n'a pas fait dans la dentelle pour obtenir sa marchandise. © RE

Le grand mystère du mariage princier était bien évidemment la robe qu’allait porter Catherine Middleton en arrivant devant l’autel. La robe en satin blanc et ivoire a été à la hauteur des attentes mondiales, d’autant plus qu’elle a remis au goût du jour l’un des produits les plus raffinés et délicats, la dentelle. Dessinée par la directrice artistique de la maison Alexander McQueen, Sarah Burton, la robe de Kate a été ornée de dentelle fleurie, brodée à la main, et composée de roses, de chardons, de jonquilles et de trèfles, les emblèmes floraux du Royaume Uni. Une pièce unique, qui a nécessité une montagne de travail et qui est estimée à 50.000 euros en valeur pure, bien qu’elle soit d’ores et déjà devenue inestimable de par sa dimension historique.
Sur ces 50.000 euros, quelque 10.000 ont été consacrés à l’acquisition de centaines de mètres de dentelle auprès de…  cinq fabricants différents, dont deux sociétés de Caudry, capitale mondiale de la
dentelle haut de gamme française. Ainsi la maison Sophie Hallette a livré 40 mètres d’une dentelle constellée de boutons de rose, de trèfles, de muguet et d’arabesques. La firme Solstiss, qui a fourni du matériel pour la robe nuptiale de Grace Kelly à l’occasion de son mariage avec le prince Rainier de Monaco en 1956, a aussi livré deux modèles à Sarah Burton, comportant eux aussi fleurs et arabesques, et référencés dans son catalogue sous les numéros 401.200 et 403.054, comme nous l’apprend l’AFP qui en a interviewé un responsable:  ”Nous leur avons d’abord donné deux créations, sur 50 mètres de dentelle, six ou huit semaines avant le mariage “, explique Hervé Protais, directeur commercial de Solstiss. “Trois semaines avant la cérémonie, ils ont repassé une commande en urgence. Le 8 avril, j’ai retrouvé le frère de Sarah Burton en gare de Lille. On a bu une bière et il est reparti pour Londres en Eurostar avec une valise de dentelle.”

Cependant, si elles savaient qu’elles travaillaient pour la maison McQueen, les entreprises ne connaissaient pas l’identité du client final. À l’époque, Solstiss croyait que son ouvrage allait servir à la confection de robes destinées à Naomi Campbell et Anna Wintour, la rédactrice en chef du magazine Vogue, pour une soirée le mercredi suivant à Londres. Ce n’est qu’à la descente de la Rolls, lorsque Kate a pris le bras de son père pour pénétrer dans l’abbaye de Westminster que les tullistes de Caudry ont eu la joie de découvrir, en même temps que les deux milliards de téléspectateurs, que leur travail d’orfèvre habillait la belle: le bustier et les manches pour Sophie Hallette, le bas de la robe pour Solstiss.
“Il y avait 2.000 motifs de six dentelles différentes. Sarah Burton a tout découpé et tout recomposé. C’est un travail phénoménal, au point qu’il est quasiment impossible de reconnaître sa dentelle”, explique Hervé Protais à l’AFP. Un roman, on vous disait… Toujours est-il qu’il se termine bien: ”C’est excellent pour tout le secteur. Dès le lendemain du mariage, de nombreux clients nous ont appelés en demandant la même dentelle que sur la robe”, se félicite Christophe Machu, président
de la société Solstiss.

Et voilà comment la duchesse de Cambridge a relancé le secteur de la dentelle !