Le prince Albert II et sa fiancée nous ont reçus au palais princier pour une interview exclusive. Le mariage, les enfants, les parents, l’avenir… et l’humour en prime!

Pierre De vuyst en compagnie d'Albert et de Charlene © Gaetan Luci/Palais princier

À près de quinze jours de leur mariage, SAS le prince Albert II de Monaco et Mademoiselle Charlene Wittstock ont reçu Le Soir magazine au palais princier pour un entretien exclusif pour la presse écrite belge. Quelque 1.500 journalistes sont accrédités pour couvrir le mariage du chef de l’État monégasque qui rassemblera 22 chefs d’État et une quarantaine de têtes couronnées. Mais ils ne concèdent une interview, individuelle, qu’à dix médias de la planète, pour l’essentiel allemands, anglais, français et sud-africains. Ce 9 juin, nous sommes attendus à 9 heures précises aux portes des Petits Quartiers du palais princier, sis tout en haut du Rocher. Nous faisons antichambre dans la salle des gardes, dans la partie du palais qui n’est pas ouverte aux visites, une pièce de vastes dimensions au style gothique actuel, qui a été aménagée en 1885. Les armoiries au pied des arcs de la voûte dite en cul-de-four sont celles des familles alliées aux Grimaldi depuis Rainier Ier jusqu’à Honoré IV. Dans la cheminée monumentale en pierre tendre du Poitou et dessinée par l’architecte Charles Lenormand (à qui l’on doit également la cathédrale de Monaco), un écran plat diffuse les images les plus glamour du couple, comme pour nous mettre en condition. La salle est meublée confortablement au goût du jour. Sur les guéridons et autres tables d’appoint s’alignent, dans leurs cadres d’argent, les portraits d’hommes d’État rencontrés et les dédicaces célèbres: le pape Jean-Paul II, Bill Clinton et tellement d’autres…
Sous le regard de Grace Kelly
L’interview va se dérouler à côté, dans le Salon des Glaces, où le Prince reçoit traditionnellement les lettres de créance des ambassadeurs. C’est d’une des fenêtres de cette salle que, le 1er juillet, à 17h50, après le mariage civil, Albert II et son épouse Charlene, devenue à cet instant princesse de Monaco, salueront les 6.000 Monégasques invités pour une réception sur la place du Palais. Pour l’heure, nous sommes accueillis, chaque journaliste à son tour, par le Prince et sa fiancée pour un entretien entre six yeux dans ce salon aux ors étincelants. Derrière le couple, la princesse Grace irradie littéralement dans un tableau aux tons pastel. En nous écoutant, Charlene se sert une tasse de thé et la boit très délicatement. Nous découvrons un couple plutôt ouvert, d’un abord sincèrement sympathique et disponible. Si Charlene apprend le français, elle ne se sent pas prête à répondre longuement dans cette langue. L’interview du couple se fera donc en anglais.
Monseigneur, Mademoiselle Wittstock, nous avons un problème: d’un côté nous avons l’union du prince William et de Kate Middleton, de l’autre celle du prince Albert II et de Charlene Wittstock… Alors lequel des deux est le vrai mariage du siècle? (Rires!) Charlene (CH): Il n’y a pas de vrai mariage du siècle! Albert II (A): Tout le monde essaye de comparer ces deux événements et de nous pousser dans une compétition. Je n’ai jamais lu quelque part que nous devions participer à un… – (ils récitent ensemble en scandant:) – world championship of wedding! (championnat du monde du mariage, ndlr).
A: Le mariage de William et Kate était super. Nous étions là, nous avons vraiment apprécié. Nous avons dû partir assez tôt, pendant la réception. Donc nous n’avons pu vivre cet événement dans son entièreté, mais c’était un jour magnifique. Notre mariage sera aussi un jour magnifique, mais… – (ils reparlent de concert, ndlr) – différent!
Pour quelle raison avez-vous invité toute la famille royale belge, vous êtes plutôt proche d’elle? A: Ils voulaient tous venir, donc… (rires). Non mais, bien sûr, nous partageons une grande amitié avec la famille royale belge, qui remonte non seulement à mes parents, mais même bien avant cela. Nous sommes heureux de pouvoir les accueillir ici.
Miss Wittstock, lorsque vous étiez plus jeune, quel genre d’homme imaginiez-vous épouser un jour? Tout de même pas un prince charmant? CH: Oh, Oh, yeaaahh… (longue hésitation ponctuée de rires) Eh bien, en fait, je ne sais pas si j’avais élaboré un scénario de mariage quand j’étais plus jeune… Peut-être que je rêvais des stars que je voyais à la télé… Rien de plus…
Et vous aviez un héros préféré? CH: Zorro, sans hésiter! (Elle fend l’air rapidement en dessinant un Z)
Et de quel acteur étiez-vous fan? CH: De John Wayne, il est… waouw!
Quelle princesse est votre modèle et vous inspirera peut-être dans votre futur travail de princesse? CH: Je ne crois pas que je pourrais en singulariser une. Je ne peux pas comparer ma situation à celle d’autres princesses. Mais je peux m’inspirer de la princesse Caroline, un membre très important de cette famille, et qui a été la Première Dame de Monaco pendant si longtemps.
Monseigneur, si cela avait pu être possible, qu’auriez-vous aimé dire à vos parents, le prince Rainier et la princesse Grace, le jour de votre mariage? A: Tout d’abord, bien sûr, j’aurais aimé qu’ils soient là, pour vivre et partager ce moment avec nous. Mais, cela dit, mon père et ma mère seront présents, dans nos cœurs à tous. Ils ont été un exemple. Ils ont eu un impact incroyable sur moi, dans mon travail à la tête de la principauté, mais aussi en Europe et dans le monde. Leur générosité et leur esprit sont une inspiration, encore aujourd’hui, pour beaucoup de gens, mais pour nous en particulier.
La cuisine de Charlene
Une question très classique mais obligatoire: qu’aimez-vous le plus chez votre fiancée? (Charlene glisse à son futur époux: Essaye quelque chose de différent…) A: Sa cuisine! (Elle explose de rire)
CH: Ma cuisine…! C’est une blague? A: Ce n’est pas du tout une blague! Elle ne cuisine pas souvent, mais lorsqu’elle le fait, c’est toujours très bon! Quelle est votre spécialité, Mademoiselle? CH: J’adore faire des barbecues, mais je prépare aussi des plats traditionnels. A (Sur le ton de la confidence): Elle fait aussi un excellent curry. Mais plus sérieusement, c’est une personne très généreuse. Elle fait preuve de belles qualités humaines. Beaucoup de gens peuvent en témoigner.
Et, vous Charlene, qu’aimez-vous chez le Prince? CH: Il est compatissant, attentionné, aimant, un ami loyal et très patient.
Que de compliments! Vous avez dit que vous vouliez rapidement des enfants… Alors, combien? CH: Beaucoup! (rires) (Facétieux, Albert se penche derrière elle et, dans son dos, lève deux doigts.)
CH: En fait, nous n’en savons encore rien. Nous n’en sommes pas encore là. Laissez-nous déjà le temps de nous marier! (rires).
Et la lune de miel?
Justement, en parlant de ça et puisque nous sommes entre nous, pourriez-vous me dire où vous comptez partir en lune de miel? CH: Mais oui, c’est vrai, pourquoi nous ne le dirions pas au monde entier? Et vous pourrez être le premier à l’annoncer!
C’est sûr que, du coup, nous serions nombreux sur place en même temps que vous… CH: Mais, la vérité, c’est que je ne sais même pas moi-même où nous allons aller. A: Après le mariage, nous partons en Afrique du Sud à Durban pour assister à la 123e session du Comité olympique international (du 4 au 9 juillet, ndlr). Pendant ce séjour, nous avons prévu une petite soirée festive avec les amis et la famille. Puis, après la session… nous ne pouvons pas vous le dire, car je ne l’ai même pas encore dit à Charlene. C’est une surprise!
Revenons aux choses sérieuses, cela représente quoi d’être prince de Monaco de nos jours? A: C’est beaucoup de travail! Et c’est un engagement de tous les instants. C’est l’opportunité de diriger un pays, limité en taille et en possibilités dans ce qu’il peut faire et produire. Mais je veux faire de lui une référence dans toute une série de domaines. C’est un État fier de son histoire, qui a tiré les leçons du passé et qui regarde vers le futur, le bien-être de ses habitants et qui se veut ouvert sur le monde. Ces qualités peuvent briller davantage et être mieux comprises à l’occasion d’événements comme notre mariage. Ce sera extrêmement positif pour Monaco.
Et votre travail de princesse, quel sera-t-il? CH: Mon rôle doit encore être déterminé après le mariage, je suppose. Même si j’ai appris pendant cinq ans les us et coutumes de la principauté, le protocole du palais, etc. Mais je pense que je vais me concentrer sur l’humanitaire, la levée de fonds, me concentrer sur les special olympics et, bien sûr soutenir de la meilleure manière le Prince, le savoir-faire et la population de Monaco.

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