Devant l’officier d’État civil de la Principauté, l’ex-nageuse sud-africaine Charlene Wittstock est devenue ce vendredi Son Altesse Sérénissime la princesse de Monaco. Le suspense a duré quelques secondes avant le “oui” libérateur. Pour le meilleur et pour le pire, Albert II et Charlene de Monaco sont unis pour la vie (voir ici toutes les photos). Ce samedi, l’union devant Dieu, 22 chefs d’État et 40 têtes couronnées devra confirmer cet engagement…

 
 
 
 

Le baiser tant attendu. © AFP

La place du Palais est méconnaissable. Ce vendredi en fin d’après-midi, écrasée par la chaleur dans un ciel bleu et sans nuage, la population monégasque a revêtu ses beaux habits de fête et se rassemble devant le fringant palais crénelé à la façade redevenue il y a peu rutilante. Sur invitation personnelle du prince Albert II, les Monégasques ont pris place sous les fenêtres de l’édifice du pouvoir. Les hommes ont revêtu le complet veston, ces dames une robe de cocktail ou un tailleur un peu strict pour les plus vénérables, des tenues légères à la limite de la faute de goût pour d’aucunes. Les jeunes, quant à eux, laissent la chemise blanche de circonstance dépasser de leur sacro-saint pantalon taille basse. On veut bien être chic mais on a ses préférences… Au milieu de la place trônent d’immenses buffets pour l’heure recouverts d’immenses voilages. La réception, ce sera en effet pour plus tard. Voici déjà que s’avancent les véhicules officiels qui déversent leurs flots d’invités à la cérémonie de mariage civil du Prince Souverain avec Mademoiselle Wittstock. Les vitres sont fumées. L’on distingue seulement quelques silhouettes. En fait, ce sont à peine une cinquantaine de personnes qui vont assister physiquement à ce court moment à caractère plutôt privé. Les familles des deux tourtereaux, les Wittstock pour Charlene, les Grimaldi et les Kelly pour Albert II, ainsi que les personnalités politiques et industrielles de la principauté entrent dans le palais et prennent place dans la salle du Trône. A 17 h, les futurs mariés entrent dans la pièce. Le silence se fait dans la salle comme sur la place devant le palais, où la population ne perd pas une miette des événements grâce aux écrans géants installés là, comme en d’autres endroits de la principauté, notamment sur le Port Hercule, où se tiendra le soir le concert gratuit de Jean-Michel Jarre devant des dizaines de milliers de personnes. Albert II est en complet veston. Charlene a revêtu une longue jupe de mousseline bleu ciel bordée de dentelle et une veste assortie. Une tenue qu’elle a dessinée elle-même et dont elle a aussi choisi la couleur, se mariant parfaitement avec son regard bleu azur. “L’ensemble a été exécuté par un créateur français qui veut rester très discret”, précisera le palais. Ils prennent place devant leurs familles respectives, encadrés par leurs témoins, Christopher Le Vine pour Albert, son cousin germain, neveu de feue Grace Kelly; Donatella Knecht de Massy pour Charlene, d’origine sud-africaine, mais basée à Monaco. Comme toujours, la princesse Caroline semble impertubable, Stéphanie, la cadette et la sensible de la famille princière, a d’ores et déjà du mal à contenir ses larmes. Tous les descendants des Grimaldi se tiennent coi, à l’affût de ce qui va se passer.

Pour la famille souveraine, le maître de cérémonie n’est pas le maire de Monaco comme pour le reste de la population, mais le président du Conseil d’État monégasques, le juge Philippe Narmino, directeur des services judiciaires monégasques et ministre plénipotentiaire. Un peu ému lui-même, après quelques mots de bienvenue en français, anglais et monégasque, ce Français de nationalité, Monégasque de coeur, entame une allocution au lyrisme bien peu juridique : “Monseigneur, Mademoiselle, séparées par l’immense continent africain que prolongent les eaux de notre Méditerranée, vos terres natales ne prédisposaient pas à un rapprochement. C’est la passion partagée du sport qui a permis votre rencontre et c’est l’Olympisme qui en en scellé la pérennité. Comme les anneaux olympiques associent les continents, l’Afrique et l’Europe se rejoignent à travers vos parcours. Aujourd’hui, deux de ces anneaux se détachent des autres. Ils deviennent les alliances qui symbolisent votre union, placée sous le signe de valeurs communes qui guident vos existences. Une nouvelle fois dans son histoire sept fois centenaire, la dynastie des Grimaldi s’ouvre à un autre monde. En y pénétrant, Mademoiselle, vous apportez la fraîcheur de vos jeunes années, la richesse d’une autre culture, la nouveauté de votre regard. Ces atouts seront précieux au Souverain et à la Principauté tout entière. En épousant le Prince, vous épousez aussi un pays, la Principauté de Monaco d’aujourd’hui et d’hier, riche de son histoire et de ses traditions, ouverte au monde tout en demeurant particulière.”

Après la lecture des extraits des actes de naissance des deux fiancés, ainsi que des articles du code civil relatifs au mariage, dont un stipulant les “droits et devoirs respectifs des époux”, entre autres la fidélité, vient le moment des consentements: Philippe Narmino demande à Charlene si elle consent à épouser le Prince. Sur la place, le silence est impressionnant. La population retient visiblement son souffle. Lentement, Charlene se retourne vers Albert, esquisse un petit sourire à l’impénétrabilité digne de Mona Lisa et déclare “oui”. A la même question Albert lâche aussi un petit “oui” discret, ponctué par un clin d’oeil. Chacun respire. Sur la place, on peut entendre des gens dire: elle a dit “oui” ! Ils évoquent à mots couverts les dernières informations parues dans la presse selon lesquelles Charlene Wittstock aurait tenté de s’enfuir en Afrique du Sud juste avant le mariage, mais en aurait été empêchée par le service de sécurité du Palais. Mais elle a dit oui et a, de cette manière, coupé court à la rumeur ! Albert en tout cas lui prend la main pour l’embrasser tendrement. Après la signature de l’acte de mariage avec un stylo Mont-Blanc designé spécialement pour l’occasion, la cérémonie s’achève bientôt sur un chaste baiser des époux. Elle a duré à peine une vingtaine de minutes. Quelques instants plus tard, à 17 h 56  précises, une double fenêtre s’ouvre sur la façade principale, au niveau du Salon des Glaces. Le couple princier s’avance dans la lumière et, sous les vivats de la foule, s’embrasse encore à deux reprises.

Ensuite, le prince Albert II et celle qui est devenue SAS la princesse Charlene quelques minutes auparavant arrivent sur la place pour recevoir des mains du maire les cadeaux de la population monégasque, deux oeuvres d’art et profiter d’un bain de foule enthousiaste. Les bouchons de champagne sautent, les buffets au décor de marché provençal s’ouvrent, la population est en liesse. Son Prince Souverain, âgé de 53 ans, est enfin marié. On n’avait plus connu pareil bonheur depuis 55 ans.