La fille aînée de Philippe et Mathilde fêtera ses 10 ans mardi 25 octobre. L’occasion de voir comment elle est préparée pour son futur rôle de reine des Belges.

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La toute première activité officielle, ça compte dans une vie de princesse ! Début septembre, la petite Elisabeth de Belgique a inauguré en compagnie de ses parents, le prince Philippe et la princesse Mathilde, le tout nouvel hôpital des enfants des Cliniques universitaires de Gand, qui vient d’être baptisé de son nom : “Princesse Elisabeth”. C’est elle qui a été invitée en personne par les autorités de l’hôpital à inaugurer les lieux, ses parents occupant le second plan ! La petite fille, qui fêtera ses 10 ans mardi prochain, franchit ainsi un premier jalon de la formation qui la mènera un jour (si Dieu prête vie… à la Belgique en ces temps politiques troublés !) à exercer le difficile rôle de reine des Belges. Elle sera le huitième souverain de notre histoire, après son père, Philippe. Et, en toute logique, elle le deviendra plus tôt que lui. Philippe a déjà 51 ans et attend toujours “son” moment. Elisabeth devrait monter sur le trône dans la trentaine ou la quarantaine au plus tard, dans la lignée des Léopold II, Albert 1er et Léopold III (Baudouin est une exception avec ses 19 ans). Elle est née pour régner, et, sera, comme son père, éduquée en ce sens.

Un hôpital après une station polaire

Bien sûr, Elisabeth a déjà accompagné ses parents lors d’activités officielles. On l’a encore vue cet été à Rixensart assister avec sa maman, la princesse Mathilde, à un stage de musique de chambre organisé par Musica Mundi. Très attentive, la petite fille, qui suit elle-même des cours de piano, ne perdait pas une note, même pas gênée par son plâtre à la jambe gauche (les suites d’un accident de jeu) ! Bien sûr, un bâtiment célèbre, s’il en est, porte déjà son nom : la station polaire Princesse Elisabeth, implantée dans les étendues glacées et désolées de l’Antarctique ! Mais, à l’époque de son inauguration à Bruxelles, Elisabeth était encore un peu jeune pour prendre pleinement conscience de cet honneur. Elle a bien grandi depuis. Le 1er septembre, la fille aînée des ducs de Brabant a fait sa rentrée scolaire en 5e primaire au Sint-Jan Berchmanscollege de Bruxelles. Suit-elle déjà une formation spécifique afin de la préparer à son futur rôle ? « Non, nous dit-on au Palais, c’est une enfant de 10 ans qui a les activités et qui suit les cours dispensés à une fillette de cet âge. » Mais ils l’ont dit aussi : Philippe et Mathilde tiennent à élever leurs enfants eux-mêmes, ne les confiant aux bons soins de nounous (néerlandophones, bien sûr) que lorsque les obligations protocolaires se font trop pressantes. Et l’on sait qu’ils ne

perdent jamais une occasion d’expliquer à Elisabeth et ses frères et sœur, les voyages officiels qu’ils mènent aux quatre coins du globe ou les manifestations auxquelles ils assistent. Ainsi en avril 2009 au Mexique, le Prince nous avait confié : « Je m’intéresse depuis longtemps à l’environnement, bien avant que ce soit à la mode. En famille, nous essayons de consommer modérément l’énergie et nous élevons nos enfants dans un esprit de respect envers la nature et ses sources d’énergie. Nous leur apprenons par exemple à ne pas laisser couler l’eau du robinet quand ils se brossent les dents. À Noël, il y avait à Bruges un palais de glace avec une exposition sur le pôle Sud. J’ai eu une longue discussion avec Elisabeth sur ce que les Belges font là-bas. »

L’on sait aussi le prince Philippe, si conscient de son devoir et du poids d’un souverain dans un pays aussi sensible et compliqué que le nôtre, très enclin à narrer l’histoire de la famille royale. « Comme dans toutes les familles, Philippe et Mathilde ont à cœur de transmettre à leurs enfants des notions de morale et des connaissances », explique Patrick Weber, historien et chroniqueur royal sur les ondes de Bel-RTL (1). « Et puis Elisabeth vit dans un château, entourée d’œuvres d’art et de portraits qui sont tant des témoins artistiques et historiques que des souvenirs de famille. La princesse héritière bénéficie donc au quotidien d’une transmission d’informations liée à l’environnement dans lequel elle vit. On sait aussi que Philippe a souffert dans son enfance d’une certaine solitude et, en grandissant, de se voir placé dans la position étrange d’héritier sans l’être, entre son père et son oncle. Il a à cœur d’éviter cela à Elisabeth. »

Au collège de l’élite

Elisabeth est inscrite dans la meilleure école de Belgique. Le Sint-Jan Berchmanscollege est un établissement de l’enseignement libre néerlandophone très réputé qui accueille, porte de la Chapelle à Bruxelles, les enfants des meilleures familles du pays, souvent promis à de belles carrières. La princesse Astrid et le prince Lorenz ont été les premiers membres de la famille royale à avoir inscrit leurs enfants dans cette institution jésuite. Philippe et Mathilde leur ont emboîté le pas. Elisabeth, Gabriel, Emmanuel et Eléonore y vont depuis la maternelle. Le contexte a bien changé pour les princes de Belgique ! Les premiers souverains du Royaume restaient autrefois bien isolés de la population tout au long de leur enfance. Pour se préparer à leur avenir, Léopold II, Albert Ier et Léopold III ont reçu les enseignements de précepteurs choisis parmi les plus doctes professeurs, mais ils n’étaient pas vraiment confrontés à la réalité du monde. Baudouin, Joséphine-Charlotte et Albert ont été à l’école… à la maison, dans le domaine de Laeken, avec des petits camarades de classe choisis pour leurs origines et qualités. Puis, en pleine guerre, les princes ont été déportés et même vu leurs parents se transformer en professeurs, avant d’être inscrits, à la Libération, dans des collèges suisses. À 19 ans, Baudouin devenait prince royal et souverain, avant même

d’achever sa formation… Dans les années 60, Albert et Paola ont voulu donner à Philippe, Astrid et Laurent une enfance normale, inscrite dans la “vraie” vie. Mais leur cursus scolaire a un peu fait épreuve de test en laboratoire et les enfants, ballottés entre différents établissements et différentes langues – pour Philippe, des études secondaires en français, au collège Saint-Michel d’Etterbeek, puis en néerlandais à l’abbaye de Zevenkerken (Bruges), avant l’École royale militaire où il n’en touchait pas une en math – ont obtenu des résultats scolaires peu probants, même si Philippe sera le premier de la famille à décrocher un diplôme universitaire de master of arts en sciences politiques à l’université de Stanford en Californie.

Protégée même à l’école

Il en va tout autrement pour la nouvelle génération de la famille royale. Les jeunes princes sont inscrits à l’école, sans régime de faveur, dans la langue la plus importante du pays (pour faire taire les chantres d’une famille royale “trop francophone”). « Le message est presque politique, estime Patrick Weber. “Regardez, nos enfants vont aussi à l’école comme les autres, ils ont un bulletin et des petits camarades de classe.” » L’image est en effet saisissante. Ce 1er septembre, juste avant d’entrer dans l’école, les ducs de Brabant et leur progéniture ont posé pour les photographes le long du pont du chemin de fer… aux murs couverts de graffitis ! Si ça, ce n’est pas les intégrer dans la dure réalité de la vie ! En matière de sécurité, même si le secret est de rigueur, Elisabeth et sa fratrie étant directement liées à la succession au trône, elles se voient encadrées par des agents de protection, même dans le cadre scolaire. Élevés en français à la maison, mais entourés de “juf” et autres nounous flamandes, étudiant en néerlandais, les princes de la nouvelle génération en ressortiront parfaits bilingues et même multilingues. Les enfants d’Astrid sont allés étudier en Angleterre, Maria Laura a même appris le chinois (c’est une “tête”, paraît-il !) et a rejoint son frère Amedeo à New York, où

elle va suivre un stage de plusieurs mois auprès de la mission belge à l’ONU. Les jeunes princes choisiront leurs matières de prédilection (comme William d’Angleterre qui a fait des études d’histoire de l’art. Le prince Amedeo a opté pour l’économie et marche dans les pas financiers de son père), mais à côté de cela, la princesse Elisabeth devra, quant à elle, suivre une formation plus spécifique, notamment en matière de sciences politiques et de relations internationales.

Future “cheffe” des armées

Comme il deviendra chef des armées, le futur Roi se doit de suivre une formation militaire, qui passe généralement par l’École royale militaire. Tous les hommes de la famille sont passés par là, (sauf Baudouin et Albert II pour cause de guerre), y compris Philippe, Laurent, Amedeo et Joachim. Qu’en sera-t-il pour Elisabeth, qui sera la première reine des Belges ? « On est dans l’inconnu total, analyse Patrick Weber. Mais comme tout “successible”, il est probable qu’elle doive suivre un apprentissage militaire. » Mais il n’en va cependant pas de même dans toutes les autres monarchies. Pendant la dernière Guerre mondiale, son homonyme, l’illustre Elizabeth II d’Angleterre avait, dans son uniforme de conductrice d’ambulance, bien contribué à l’effort de guerre. Colonel en chef de la garde des grenadiers depuis l’âge de 16 ans, la princesse s’était enrôlée deux ans plus tard dans l’Auxiliary Territorial Service et avait même conduit des camions militaires. Par contre, la reine Marguerite II de Danemark est commandant en chef de l’armée danoise sans avoir suivi de formation (elle a plutôt opté pour l’archéologie préhistorique, les sciences politiques et l’économie). La princesse héritière Victoria de Suède n’a pas été enrôlée, contrairement à son père ou son frère Carl-Philip, dans l’armée royale suédoise. En Belgique, la princesse Astrid n’a suivi

aucune formation militaire et a été, un peu en catastrophe, bombardée colonel de la Composante médicale après l’accession au trône d’Albert II. Elisabeth devra-t-elle passer par l’école royale militaire à l’heure où l’armée belge est de plus en plus intégrée dans une dimension européenne et internationale ? C’est l’inconnue, comme, finalement, pour le rôle de reine dévolu à Elisabeth dans une Belgique politique remodelée avec une monarchie de plus en plus confinée dans un rôle symbolique, certes fort, mais de pur protocole. Avec cette question plus amusante en guise de conclusion : devra-t-on changer les paroles de la “Brabançonne” comme en Angleterre le “God save the King” ? Chantera-t-on non plus le Roi, mais “la Reine, la loi et la liberté” ? Le futur nous l’apprendra et s’annonce palpitant…

(1) Suivez Patrick Weber le dimanche de 12 à 13 heures sur Bel-RTL dans “Palais Royal”.