La fille du Roi s’expose à Bruxelles. Une quarantaine d’œuvres à vendre.

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Nous surprenons Delphine Boël en plein emballage de ses œuvres dans son atelier à Uccle. Cette semaine, du haut de ses 44 ans, l’artiste est l’invitée vedette et reconnue d’une galerie d’art bruxelloise qui propose une rétrospective de ses œuvres de 2006 à aujourd’hui. La vitrine de la galerie “We are different”, 15 chaussée de Charleroi à Saint-Gilles, à deux pas de la place Stéphanie, donne d’entrée de jeu le ton. Une photographie de Delphine y trône, en pied, immense et délicieusement licencieuse. Delphine Boël pose dans une attitude christique couverte de peinture sur fond multicolore. De quoi attirer le regard du passant sensible à l’art et qui aura un budget de plusieurs milliers d’euros à consacrer à l’achat d’une royale petite folie. Nous interpellons à ce sujet la fille naturelle du roi Albert II : « Je pose comme le Christ ? C’est vrai ! Mais je ne l’ai pas fait exprès ! Le photographe Wim Van Den Genachte voulait réaliser un portrait inédit de moi, où je sortais de la toile. Il n’a pas employé le moindre trucage. J’ai posé sur une toile et on m’a couverte de peinture. Je n’avais pas remarqué au départ que j’avais cette attitude. Au fait, cette œuvre-là n’est pas de moi et n’est donc pas proposée à la vente.

Mais vous ciblez la religion dans certaines des œuvres exposées…

C’est vrai, j’ai dessiné des croix très pures entourées de bla-bla. Mais ce n’est pas une critique envers la religion, je trouve qu’on doit arrêter de faire tant de bla-bla autour d’elle. Je suis croyante, catholique, mais peu pratiquante, j’avoue. » Une des œuvres les plus connues de Delphine Boël dans sa série “Bla-Bla” créée en 2010 est cette main aux couleurs du drapeau belge et littéralement noyée dans les bla-bla. Une œuvre à l’intitulé lourd de sens “Identity : who cares ?” (L’identité : qui s’en préoccupe ?) mise en vente à 4.500 euros.

Vos origines et donc votre lien avec le roi Albert II sont-ils toujours une inspiration pour vous ?

On ne peut jamais tourner la page complètement. Autrefois, cette souffrance de ma non-reconnaissance était une plaie à vif. Aujourd’hui, j’ai pris un peu plus de distance vis-à-vis du sujet. Je le considère avec humour. Je parviens à rigoler de ma situation qui pourtant n’est pas drôle. Mais quand on a des difficultés dans la vie, mieux vaut en rire, non ?

Plus de contact avec le Roi depuis 2001

Quelle relation avez-vous aujourd’hui avec votre père, le Roi ?

Il n’y a pas de changements. Je n’ai plus le moindre contact avec lui depuis 2001 !

Vous aviez davantage de contacts quand vous étiez inconnue du grand public ?

Oui. C’était mieux. Pour vivre heureux vivons cachés, comme on dit.

En voulez-vous au journaliste Mario Danneels d’avoir révélé votre existence ?

S’il ne l’avait pas fait, moi je n’aurais en tout cas jamais rien fait pour sortir de mon anonymat. Mais je ne lui en veux pas. Je n’en veux à personne. Même pas aux journalistes qui m’ont chargée, ils ont fait leur boulot, c’est tout.

Ce qui ne vous empêche pas de les brocarder dans vos œuvres…

(Rires)

Avez-vous parlé de votre situation à vos enfants ?

Pas à Oscar qui n’a que trois ans, mais j’en ai parlé à Joséphine (âgée de huit ans, ndlr). Elle est bien évidemment très triste de ne pas connaître son grand-père. Mais voilà… la vie de famille, Jim (O’Hare, son compagnon, ndlr) et mes enfants me donnent beaucoup de force. Et ils m’inspirent dans mon travail ! Jim a d’ailleurs renoncé à ses activités précédentes (dans la construction) et m’aide dans mon travail. Il gère les contrats, les documents et met aussi de plus en plus souvent les mains dans la peinture pour me donner un coup de main. C’est un très bon “partner”.

Si votre situation personnelle vous inspire toujours, vos œuvres semblent moins provocantes que par le passé…

Je veux toujours “dire les choses”, mais avec humour. Il y a plusieurs degrés de lecture dans mes œuvres. De loin, elles apparaissent très colorées, amusantes et enfantines, mais elles recèlent toujours un message profond, dur… – comme la vie peut être dure – que je veux faire passer. Si j’ai évolué, je garderai toujours une part de provoc’. Je ne veux pas devenir comme ces artistes engagés qui, tout à coup, se mettre à peindre des petits oiseaux pour rentrer dans le rang et devenir inintéressants. Non, je ne peindrai jamais des paysages provençaux ! (rires…)

Vous ne croyez pas que vos origines même non reconnues ont contribué à la reconnaissance de vos œuvres. Vous êtes devenue une people aujourd’hui, surtout en Flandre…

On me pose souvent la question, mais vous savez, je pense que cette situation a surtout compliqué les choses. j’aurais pu me faire un nom sans ça !