Pour son discours de Noël, le souverain arborait une cravate fantaisie; faut-il y voir un simple clin d’oeil ou un message politique?

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Le Roi a fait sensation à l’occasion de son dernier discours de Noël. Comme il l’avait déjà fait pour la Fête nationale. Dans son allocution du 21 juillet 2011, on se souvient surtout de son propos engagé, ponctué par une gestuelle forte, empreinte d’une volonté non moins déterminée à enjoindre vivement les négociateurs à trouver un accord communautaire. Cinq mois plus tard, fort d’un gouvernement de plein exercice et d’une paix communautaire retrouvée, le propos royal s’est avéré plus classique et la gestuelle tempérée. Mais, cette fois, Albert II s’est fait remarquer… par sa cravate! Tissée de soie, la cravate royale était, en effet, on ne peut plus festive, rouge avec des éléphants dorés sur fond de savane! Une cravate de fête parfaitement en accord avec les couleurs de Noël reprises dans le décor du bureau royal agrémenté de fleurs rouges.
Mais bien plus qu’une cravate ludique et festive, certains y voient un message sinon politique, du moins diplomatique, de réjouissance! Ainsi, dans les colonnes du Laatste Nieuws, le gourou flamand de la mode Miet Crabbé analyse: «La cravate a souvent un rôle symbolique, à travers elle, le porteur veut exprimer quelque chose. Ce peut être un clin d’œil ou même un petit secret. Il est ainsi bien connu que le président Clinton portait les cravates que Monica Lewinsky lui avaient offertes.» Dans le cas qui nous intéresse, Miet Crabbé remarque que pour le discours très dur et engagé de la Fête nationale, le Roi portait une cravate à carreaux. «Des lignes croisées indiquent la querelle.» Une ambiance bien différente de la cravate de Noël: «D’abord le motif: dans certaines monarchies, l’éléphant est le symbole de la Couronne et plus généralement, il incarne la sagesse, l’intelligence, la force et la confiance.»
Une allusion au PS victorieux
La spécialiste y repère aussi les couleurs du drapeau national, mais aussi, avec l’omniprésence du rouge, une allusion – à peine voilée – au Parti socialiste qui a sauvé le pays! Une spéculation sans doute par trop hasardeuse et peu flatteuse pour la subtilité du Souverain d’ordinaire plutôt affûtée. «Je ne pense pas que le Roi est du genre à faire passer par ce biais-là un message politique. Il a sans doute juste voulu accorder sa cravate au moment. C’est une cravate festive avec une dominance de rouge, couleur porte-bonheur et du Nouvel An», estime pour sa part Pierre Degand, le tailleur prestigieux de l’avenue Louise, fournisseur breveté de la Cour. «Le Roi choisit ses cravates lui-même et sait très exactement ce qu’il veut. Il en prend chez nous et dans d’autres maisons aussi évidemment (Hermès, Ferragamo, etc.), mais il en achète aussi en Italie. Il a des cravates de toute sorte, y compris des cravates de fantaisie. Le bestiaire, la maison Hermès s’en est fait une spécialité. Mais en Italie, ce genre de motifs abonde également. On en trouve presque à tous les coins de rue!», insiste Pierre Degand, pour qui seul compte la qualité de la cravate, son nombre de plis et la soie employée, bien plus que le décor. C’est à cela qu’on reconnaît l’homme élégant, tranche notre arbitre du bon goût.
Des éléphants pour Medvedev et des lions pour Abdallah de Jordanie
À l’inverse de la maison Degand, Hermès n’est pas (encore?) fournisseur de la Cour, ce qui n’empêche pas les membres de la famille royale d’y faire des emplettes. Dans la boutique du sellier avenue Louise, on reconnaît bien évidemment certaines cravates du Souverain avant de se murer dans le silence lorsque nous demandons si le Roi vient personnellement choisir ses articles…
Toujours est-il que si c’était la première fois qu’Albert II arborait une cravate de fantaisie pour un discours, il en possède tout un assortiment et n’hésite pas à les arborer en de bien sérieuses circonstances, comme lors de la venue à Bruxelles, le 8 décembre 2010, du président russe Medvedev où il portait également des éléphants, sur fond bleu cette fois. Pour la visite du roi Abdallah de Jordanie toujours en décembre, il arborait des lions alors qu’il avait opté pour des chevaux lors de l’audience de Jacob Zuma, le président d’Afrique du Sud, venu à Bruxelles en septembre 2010! Il ne faut certainement pas y lire un message politique, peut-être juste un peu de fantaisie dans ce monde si sérieux de la diplomatie… Après tout, comme disait Honoré de Balzac: Une cravate bien mise, c’est un de ces traits de génie qui se sentent, s’admirent, mais ne s’analysent ni ne s’enseignent.