Japon : « il n’y a pas de mot pour décrire l’ampleur de ce drame ! »La princesse Mathilde a répondu à nos questions dans un village de containers où sont réfugiés les rescapés du tremblement de terre et de la vague mortelle qui ont frappé le Japon le 11 mars 2011. 

Interview sur le terrain © Christophe Licoppe/Photo News

Notre reportage au Japon en compagnie de la princesse Mathilde. Toutes les photos de la mission au Japon (d’autres suivront, cliquez régulièrement)

Un bateau échoué au milieu de nulle part, dans une mer de mauvaises herbes et de déchets. Un bateau échoué au cœur d’un quartier de maisons en ruine, le toit affaissé, les murs éventrés, l’âme envolée. Nous sommes à plus d’un kilomètre de la côte. Si on ne voit pas la mer, on la devine, là, derrière des dunes. On aperçoit aussi à quelques centaines de mètres les grues qui animaient autrefois d’un ballet endiablé le port de cette communauté jadis prospère. Aujourd’hui, le port et la petite ville de Himawari ne sont plus qu’une zone morte, sans un arbuste en vie, sans un oiseau qui chante. Un arbre, il est le seul, semble avoir résisté au cataclysme. De tout près, nous le trouvons plutôt rabougri. Le sel de l’eau de mer a rongé la vie de cette terre.

« La vague est arrivée brutalement dans la plaine. Elle faisait six mètres de haut. Elle a tout ravagé », nous explique Makato Oë. Cet homme de 62 ans, de la Communauté Himawary, qu’a rencontré la princesse Mathilde,  ne peut s’empêcher d’être ému lorsqu’il évoque le drame qui a changé à jamais son existence. Marchand de sake, il tenait un magasin dans la localité de Omagari-Hama, dans la province de Miyagi, à quelques dizaines de kilomètres de Sendaï et guère plus d’une centaine de km de Fukushima. « On a connu des tremblements de terre dans la région, des tsunamis aussi. Je me souviens de l’un d’entre eux dans les années 60, on avait eu 30 cm d’eau dans la plaine. » Mais ce 11 mars 2011, personne n’avait jamais vu ça. Une vague haute comme une maison et emballée comme un torrent de lave a tout ravagé sur son passage sur des kilomètres à l’intérieur des terres.

Makato ne se trouvait pas dans le quartier au moment du drame. Il se trouvait plus à l’intérieur des terres. Lorsque le séisme s’est produit, il s’est immédiatement rendu auprès de sa famille. « La terre a tremblé à 14 h 46. A 15 h j’ai entendu une alerte au tsunami  imminente. Nous avons immédiatement évacué et nous sommes rendus dans la zone de sécurité. Notre maison, qui datait de 1967 a été détruite, mais personne d’entre nous n’est mort. » D’autres n’ont pas eu cette chance. « 322 personnes sont mortes dans notre communauté et 500 maisons ont été détruites. »

Les survivants ont dû vivre aussi avec l’idée qu’ils n’allaient plus revoir leurs biens. Les terrains près de la côte ont été classés en zone inondable et donc inhabitables. Les ruines vont être détruites. Et les habitants relogés sans doute ailleurs. Leur sort n’est pas encore fixé. Ils logent pour l’heure dans des appartements-containers, qu’ils ont tenté d’aménager au mieux des possibilités.  C’est là que s’est rendue la princesse Mathilde, en marge de la mission économique que les ducs de Brabant président au Japon. Si le prince Philippe, en raison de son agenda n’a pu se libérer, le couple voulait marquer le coup et, un an après le drame, rendre hommage aux victimes et aux survivants du tsunami et de la catastrophe de Fukushima.

« Philippe et moi formons un team ! »

« C’est très difficile d’être ici. Cette région a été très lourdement touchée par le tsunami il y a un an. Des milliers de personnes sont décédées. C’est terrible d’imaginer que tellement de gens ont souffert. Il n’y a pas de mot pour décrire ce que ces gens ont vécu. Nous avons vu des images à la télévision, mais ici en réalité ça a dû être vraiment terrible !  Mais c’est aussi magnifique de voir la solidarité qui s’est créée entre ces gens. Ce dont j’ai pu me rendre compte au travers des différentes discussions que j’ai eues ici avec différents acteurs. Une grande solidarité et une grande dignité dans cette épreuve.  J’ai énormément de respect pour eux, qui vivent ici avec leurs enfants. Ces enfants sont l’avenir. Regardez ces enfants ici, ils sont un signe d’espoir. Ils sont en train de reconstruire leur avenir. C’est merveilleux. Et c’est aussi pour voir cela que je suis venue ici. Pour les enfants de Sendaï. Certains d’entre eux vont avoir un échange avec des écoliers belges cet été. Ils vont venir en Belgique et  vont avoir la possibilité d’apprendre à connaître des écoliers belges. C’est fantastique. J’espère aussi que des jeunes Belges vont venir ici et rencontrer des Japonais. Cet échange entre pays est une formidable opportunité pour des jeunes de construire une amitié entre nos deux pays. Surtout pour des enfants qui ont vécu tant de difficultés il y a un an. Ces enfants ont vécu un traumatisme terrible, une grande angoisse. Des membres de leur famille ont-ils souffert, sont-ils morts ? Pendant des jours, ils n’ont pas pu recevoir d’informations. J’ai un immense respect pour leur comportement digne, leur courage, leur discipline remarquable. »

Sur l’absence de Philippe…

« Mon époux et moi formons un team, nous nous partageons les activités. C’était très important pour nous de venir ici aujourd’hui. Pour des raisons d’agenda, c’était difficile pour le prince d’être présent personnellement. Mais il était très important de se rendre à la réunion de la Croix-Rouge pour vraiment entendre ce qui s’est passé. Comment ils ont travaillé ici après la catastrophe. Mon époux a énormément d’intérêt pour l’humanitaire et le social, mais nous sommes des humains, nous ne pouvons pas tout faire. Les demandes lors des missions économiques sont grandes et nous essayons de nous répartir les tâches. »

© Photo News/Christophe Licoppe