Présidente d’honneur d’Unicef Belgique, la Princesse arrive ce mercredi  sur l’île encore dévastée à la rencontre des victimes du séisme, de l’ouragan Sandy et du sort qui s’acharne sur ce pays parmi les plus pauvres de la planète. Elle va aussi découvrir les fruits de la nouvelle campagne d’Unicef.

 

Devant son logement de tôles sur les hauteurs de Port-auPrince, Nadia se demande si Dieu n'a pas abandonné l'île pourtant très croyante d'Haïti. © Photo News

Surplombant la route encombrée de trafic, le brouhaha poussif des véhicules venus terminer ici, entre gangrène de rouille et pertes d’huile, une énième existence aux allures de fin du monde,  une banderole, multicolore, festive, pleine de promesses, édicte joyeusement son message : « Jésus revient… bientôt ». Nous avons rajouté les points de suspension, car, si la population de la République de Haïti  est l’une des plus chrétiennes et pratiquantes au monde, le fait est qu’elle n’a pas été épargnée et c’est à se demander si en plus de l’avoir quelque peu délaissée, le Ciel ne lui est pas tombé sur la tête ! « Seigneur, reviens ! Nous t’attendons, ne nous abandonne pas », nous confirme  Nadia Mazile, levant les bras au ciel. Cette mère de famille de 42 ans habite une misérable masure de tôles, de planches, de bâches, de bric et de broc dans les collines qui surplombent le centre-ville de la capitale de l’île, Port-au-Prince. Une ruine provisoire qui a sans doute remplacé une autre ruine guère plus définitive, ravagée par le séisme du 12 janvier 2010. Comme bon nombre de ces habitations si fragiles accrochées à flanc de collines par centaines de milliers. Bidonvilles vertigineux qui s’alignent  comme les favelas de Rio. Dentelles de misère dans un écrin de verdure. Personne ici n’a oublié ce jour-là. Terrible. Effrayant. Ce fut le plus fort tremblement de terre (plus de 7 sur l’échelle ouverte de Richter) jamais ressenti de mémoire  d’homme dans l’île. Il a frappé le pays en son cœur. L’épicentre se situait à 25 km de Port-au-Prince. Il a fait 300.000 morts, 300.000 blessés et 1,2 million de sans-abri.

Un million et demi de personnes menacées par la famine

Près de trois ans plus tard, comme la princesse Mathilde va le découvrir à l’invitation d’Unicef Belgique dont elle est la présidente d’honneur, le pays porte encore les stigmates de cette catastrophe. A l’image du palais présidentiel aujourd’hui réduit en poussières, et qui ne se relèvera de ses cendres que lorsque le reste du pays sera sur pied, comme l’a décrété le nouveau président de la République, Michel Martelly. Ce n’est pas pour tout de suite. D’autant que d’autres fléaux se sont abattus entretemps. Une épidémie de choléra, une période de sécheresse gravissime puis deux cyclones ont à chaque fois fortement ralenti la réhabilitation du pays. Le dernier en date, le tristement célèbre Sandy – qui a même fait trembler New York ! – a causé ici, le 23 octobre dernier, des dégâts considérables alors même que l’île ne fut pas directement dans la trajectoire du cyclone.  Trois jours de pluies intenses ont formé d’importantes inondations, entraîné des dangereux glissements de terrain et ravagé des terres agricoles dans la moitié des 140 communes de Haïti. Dans les zones rurales, un million et demi de personnes sont actuellement en état d’insécurité alimentaire grave, 450.000 sont malnutris, dont plus de 4.000 enfants de moins de cinq ans. Des dizaines de milliers de personnes ont perdu leur maison. Des routes, des ponts, des hôpitaux, des écoles ont été ravagés et les réseaux d’eau potable fortement endommagés. Les digues rompues ont laissé les eaux envahir d’innombrables parcelles de terres arables. Le choléra presque endigué depuis le séisme reprend vigueur – une nouvelle épidémie est attendue -  et les ONG présentes sur place se retrouvent à nouveau en configuration de situation d’urgence. « Alors que ce n’est pas notre vocation première, explique Benoît Melebeck, le porte-parole d’Unicef Belgique qui nous emmène pour une visite de terrain deux jours avant la venue de la princesse Mathilde. Même si 25% de notre budget y est en fait consacré. Unicef n’est pas une agence d’urgence, mais vu son implantation et son réseau, elle est au premier plan pour soutenir les autorités locales et coordonner des actions, en particulier en ce qui concerne l’accès à l’eau, l’hygiène et l’assainissement, mais aussi la malnutrition ou la vaccination. Mais nous menons aussi à long terme des projets en matière d’éducation évidemment, de prévention du sida et de protection des enfants. »

Sur le terrain

Tout ce travail accompli sur le terrain, la duchesse de Brabant le découvre sur place à Haïti cette semaine. Car Mathilde est en effet la présidente d’honneur d’Unicef Belgique, organisation non gouvernementale présente, par le financement d’Unicef International, dans quelque 156 pays du monde, « mais nous avons aussi des partenariats privilégiés avec quatre pays dont la RDC (Congo), le Burundi, l’Inde et Haïti. Ce pays depuis le grand tremblement de terre. La Belgique avait apporté une réponse humanitaire gigantesque à l’époque à travers le consortium « 12 12 ». » Mais nous sommes ici aujourd’hui dans un autre cadre : l’éducation. A raison de 100.000 euros par an, Unicef Belgique participe à des campagnes sur le thème de l’éducation, fer de lance également et heureusement du président haïtien. L’an dernier, il s’agissait de contrer les difficultés d’accès à l’éducation dans les situations d’urgence. Cette année, le thème lancé par Unicef Belgique est « Un pas de plus vers l’école ». «Il ne s’agit pas de rapprocher les enfants de l’école, mais bien l’école des enfants, au cœur des zones rurales les plus reculées et isolées. La princesse Mathilde tient à savoir comment Unicef travaille sur le terrain. Et elle tenait à soutenir notre nouvelle campagne sur ce thème de l’éducation dans les zones rurales. Haïti était un bon exemple pour ce faire, avec ses deux visages, celui de l’après-séisme où toute une population vit encore au cœur des gravats et où sévit encore le choléra à cause de la promiscuité des camps de réfugiés. Mais aussi le visage de la reprise du développement, avec ce gigantesque pari pris par les autorités sur l’éducation des enfants. » Dès ce mercredi 5 décembre, la duchesse de Brabant s’informera de ces deux volets au cœur même des événements. Elle va rencontrer des victimes, des personnes déplacées qui vivent dans les camps. Elle va aussi pouvoir mesurer les solutions qui sont apportées, avec la visite d’un centre de nutrition, d’une institution pour enfants en difficultés, un centre de prévention du choléra et du HIV. Sa deuxième journée de visite sera consacrée à l’éducation, avec la visite d’une école rurale dans les collines, mais aussi une école où sont enseignées les règles d’hygiène (programme Wash : accès à l’eau, assainissement, hygiène), règles qui sont alors introduites par les enfants eux-mêmes au sein de leurs foyers. La Princesse rencontrera aussi des enfants en ville, qui n’ont pas la chance d’aller à l’école car ils doivent travailler, notamment comme « restavek », c’est-à-dire le domestique – généralement surexploité et sous-payé – de familles plus aisées. Des pratiques qu’Unicef s’attache aussi à résorber.  Mais la route est encore longue et le chemin, sur cette île loin des paradis exotiques, s’il est pavé de bonnes intentions, est aussi semé d’embûches. À suivre sur ce blog dès que possible au jour le jour, pour autant que les communications internet suivent ;-) .

Plus d’infos aussi le site www.unicef.be