Au terme de sa visite courte mais  intense des projets menés par Unicef Belgique (dont elle est la présidente d’honneur) en Haïti, la Princesse nous a confié ses impressions sur la tragédie de cette île. Elle donne aussi une leçon d’espoir qu’elle va ramener aussi en Belgique. “Mes enfants sont très sensibilisés par Haïti. Leur école y prépare un projet. Je n’aurai pas assez de tout ce dimanche pour leur raconter ce que j’ai vu ici.” Elle répond aussi à nos questions d’actualité. 

La princesse Mathilde soutient le projet de l'Unicef de rapprocher l'école des enfants en zones rurales même les plus reculées. © Photo News

Nous reviendrons bien évidemment plus en détail dans ce blog et dans “Le Soir magazine” de mercredi prochain avec force photos et informations sur ce voyage très important de la princesse Mathilde en qualité de présidente d’honneur d’Unicef Belgique. Mais sans plus attendre voici quelques extraits de l’interview que nous a accordée la princesse dans la classe d’une des écoles construites par Unicef aux portes de port-au-Prince comme partout dans le pays.

Qu’est ce qui vous a marquée le plus dans ces deux jours de visites intenses en Haïti ?

“Dans tous le sprojets que j’ai visités, ce qui m’a énormément frappée, c’est de voir toutes ces personnes qui s’investissent ici pour la population positives et enthousiastes. Elles ne baissent pas les bras et continuent sans se plaindre. Ca nous apprend beaucoup. c’est aussi leur humilité et leur modestie. Ces gens se donnent corps et âme pour ce pays. Ils font ce travail en respectant les gens, avec beaucoup de dignité. Car ce qui m’a aussi frappée hier, c’est le regard de ces gens, en particulier dans les camps et les bidonvilles. On sent transparaître une grande souffrance dans le regard de ces adolescents et de ces jeunes mères… ”
Comment vous préparez-vous à ce genre de mission humanitaire souvent éprouvante ?

“On peut se préparer théoriquement à une mission de ce genre. J’ai rencontré des personnes en Belgique, le président d’Haïti notamment, Michel Martelly, mais aussi des personnes d’Unicef basées en Haïti qui sont venues en Belgique pour préparer cette visite. J’ai lu beaucoup, j’ai regardé des documentaires. Mais, vous savez, quand on vient ici dans le pays, c’est quand même différent ! Il faut être bien préparé dans sa tête, de façon rationnelle, à ce que vous allez voir. Le vivre ici sur le terrain, c’est une étape supplémentaire à franchir. On peut s’asseoir devant la télévision et regarder ça, mais le vivre ici parmi les gens, dans le quotidien est tout de même très bouleversant. Il faut être sur le terrain pour vraiment comprendre comment les gens vivent et à quel point c’est important de pouvoir investir dans l’éducation. Haïti présente une population très jeune, on voit ici à quel point c’est important de pouvoir donner une bonne éducation à cette population si traumatisée. Les habitants de Haïti ont été ravagés par un tremblement de terre. On a beaucoup parlé dans les médias de l’impact de l’ouragan Sandy sur la ville de New York, mais Sandy a fait des ravages immenses ici et on en a beaucoup moins parlé. Il faut donc continuer à investir dans la jeune génération, car c’est le futur de ce pays. Je l’ai déjà dit, et je me répéterai, car j’y crois vraiment!”
Votre coeur de maman a dû être bouleversé par les situations que vous avez pu voir dans les camps de personnes déplacées mais aussi dans les bidonvilles de Port-au-Prince…

“C’est difficile de se préparer psychologiquement. Toutes les émotions surgissent, en tant que mère, en tant que femme… tous ces enfants mal nourris qui auront déjà des séquelles car ce genre de séquelles vous le gardez jusqu’à la fin de votre vie. Ils , ils partiront déjà avec une faiblesse dans la vie. C’est ça que je trouve très très dur. Ils n’ont pas les mêmes chances que d’autres enfants. C’est une chose que je rapporterai à mes propres enfants dimanche. L’école de mes enfants (le Sint Jan Berchmans College, NDLR) est justement en train de faire tout un projet en Haïti. Ils veulent construire une école dans une zone qui est tout à fait inaccessible dans le Nord-Est d’Haïti. Ca fait des mois qu’ils sont concernés par ce projet. Alors j’ai acheté des petites peintures haïtiennes, je vais aussi leur raconter ce que j’ai vu, parce qu’ils le vivent déjà pleinement avec l’école, avec un projet de longue haleine. Ils le vivent au quotidien. je crois donc que dimanche ne sera pas suffisant pour raconter tout ce que j’ai vu. Par ailleurs, il faut parfois relativiser. Il y a des plaintes, “on en a assez de ceci”, etc. ce serait pas mal qu’ils apprennent à relativiser. Parce que dans un pays comme Haïti, les enfants continuent à rire, à blaguer alors qu’ils n’ont rien, mais rien, rien ! Ca, c’est un message que je leur rapporterai.”

Et êtes vous prête à en parler devant les classes de vos enfants ?

“S’ils me le demandent. Mais je veux évidemment respecter la liberté de l’école. Je ne veux pas m’imposer, mais si on me le demande: certainement !”

C’est le rôle d’une princesse moderne de faire ce genre de missions humanitaires, de représenter des ONG ?

“Vous savez, je faisais déjà ce genre d’actions avant d’être princesse. J’ai commencé les missions humanitaires dès l’âge de 18 ans – il y a plus de vingt ans! – dans les bidonvilles d’Egypte pour six semaines. Quand je me suis mariée avec le prince Philippe, j’ai demandé à pouvoir utiliser cette expérience et cet intérêt dans le cadre de mes fonctions: faire voir et connaître les difficultés que peuvent avoir certaines personnes comme ici où la vie peut être si difficile – ils n’ont pas été épargnés par les catastrophes naturelles – mais j’utilise aussi ma fonction pour faire connaître le travail qu’accomplit Unicef par exemple dans ce pays.”

Vous ne vous laissez pas déconcentrer par les caméras et appareils photos lorsque vous parlez aux enfants, c’est un talent inné ou bien vous avez dû apprendre à y arriver ?

“C’est mon métier d’avant, de logopède, qui m’a appris à me concentrer sur la personne que j’ai en face de moi. A être totalement à l’écoute des gens. C’est très important. Comme je dis toujours: on a deux oreilles pour une bouche, on peut écouter deux fois plus qu’on peut parler !”

A la réception d’Unicef, vous avez eu un visiteur surprise, Sean Penn !!!

Je ne l’ai appris après qu’il était là, malheureusement. Je n’ai donc pas pu lui parler. Je sais qu’il fait beaucoup pour Haïti. Il est très engagé.

Vous même, vous êtes très engagée, vous faites un travail important de promotion d’Unicef, votre époux fait un travail non moins important dans les missions économiques, que ressentez-vous quand vous lisez certaines critiques parues dans des articles ou des livres ?

“Vous savez, quand je suis ici, que je vois toutes ces personnes qui ont des misères mais qui se battent pour pouvoir d’abord se nourrir, des enfants qui marchent pendant des heures pour pouvoir aller à l’école, et qui vont faire leurs devoirs sans savoir s’ils vont manger le soir, je vous avoue qu’on apprend à relativiser et on essaie de regarder où est l’important et l’essentiel dans la vie.”

Et on ne se décourage jamais ?

“Ca ! Ce genre de visite me donne énormément de courage et m’apprend à relativiser et à savoir distinguer l’essentiel dans la vie.”

Vous allez avoir quarante ans en janvier, un cap symbolique. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

“Le fait d’être ici résume beaucoup de choses que j’ai envie d’accomplir dans les prochaines années. Pouvoir être à l’écoute des personnes, mieux comprendre les problèmes des gens, en particulier les personnes vulnérables, continuer à mettre en valeur le travail des gens de terrain, investir chez les jeunes, voilà ce que j’ai essayé de faire les dix dernières années et que je voudrais poursuivre les dix prochaines !”