La plus grave crise de la monarchie ibérique depuis 1975. Le dernier ennui du roi Juan Carlos: sa fille cadette, l’infante Cristina, devrait être entendue par un juge pour complicité de corruption. Du jamais vu!

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L’infante Cristina, la blonde fille cadette du roi d’Espagne, devrait s’expliquer devant un juge dans l’enquête pour corruption qui vise son époux, Iñaki Urdangarin. C’est le rebondissement inédit et pour le moins spectaculaire du scandale qui ternit depuis plus d’un an l’image de la monarchie et du roi Juan Carlos et la plus grave crise que traverse la monarchie espagnole depuis l’arrivée sur le trône du roi Juan Carlos, deux jours après la mort du général et dictateur Francisco Franco le 20 novembre 1975. Un séisme qui, pour certains observateurs, pourrait bien amener le souverain hispanique à abdiquer incessamment et à laisser le trône à son fils Felipe, prince des Asturies. En tout cas, le dernier sondage paru dans le quotidien El Païs montre que 53% des Espagnols désapprouvent le Roi! L’audition de la princesse Cristina prévue pour le 27 avril prochain a cependant été suspendue suite à un recours introduit par le parquet anticorruption. Ce dernier conteste la décision du juge d’ouvrir une enquête contre l’infante, estimant les indices inexistants. Le parquet a donc déposé un recours et obtenu le report de l’audition. Cela dit, nul doute que l’obstiné juge d’instruction arrivera à ses fins. L’infante, âgée de 47 ans, est le premier membre de la famille royale directement soupçonné dans cette affaire, qui porte sur le détournement de plusieurs millions d’euros d’argent public. Le juge veut lui poser des questions sur un possible délit de trafic d’influence. Selon lui, Cristina a pu «consentir à ce que son lien de parenté avec le roi Juan Carlos soit utilisé par son mari». La Maison royale s’est dite surprise du changement de position du juge et toute respectueuse des décisions judiciaires, elle s’est tout de même exprimée en «accord total avec la décision annoncée par le parquet anticorruption de faire appel de cette décision».
Des millions d’euros détournés via l’institut Noos
Le juge d’instruction José Castro, qui dépend du tribunal de Palma de Majorque aux Baléares, a ouvert une enquête fin 2011 suite à des soupçons de détournements d’argent public via l’institut Noos, une société de mécénat présidée entre 2004 et 2006 par le gendre du roi, Iñaki Urdangarin, l’époux de l’infante Cristina, élevé au rang de duc consort de Palma de Majorque depuis son mariage le 4 octobre 1997. L’homme, un ancien champion olympique de handball, médaillé de bronze aux Jeux Olympiques d’Atlanta en 1996, âgé aujourd’hui de 45 ans, s’était reconverti dans les affaires à la fin de sa carrière sportive. Le couple a eu quatre enfants, et en 2009, la petite famille s’installera à Washington, où Iñaki Urdangarin a décroché un poste de conseiller chez le géant espagnol Telefonica. Rattrapée par le scandale Noos à la fin 2011, la famille reviendra s’installer à Barcelone l’été suivant. Mis en cause par le juge, Iñaki Urdangarin a toujours cherché à protéger son épouse et l’ensemble de la famille royale, assénant que tous ont toujours été tenus à l’écart de ses activités suspectes. L’infante Cristina n’avait donc jamais été mise en cause jusqu’à présent. Mais l’enquête conduit le juge à envisager cette possibilité. Surtout depuis que l’ex-associé d’Urdangarin, Diego Torres, lui aussi accusé de détournements de fonds, se répand en confidences dans la presse, laissant entendre que Cristina était parfaitement au courant des activités de son mari. Et pour cause selon lui: elle était membre du comité de direction de l’institut Noos! «L’infante Cristina ne savait-elle rien de cela? C’est possible. Mais l’augmentation de sa fortune personnelle ne peut être ignorée par une femme si proche de son mari», commentait pour sa part Pilar Urbano, spécialiste de la monarchie espagnole. Pour se forger son opinion, le juge a déjà convoqué en février Carlos Garcia Revenga, le secrétaire particulier et homme de confiance de Cristina. Cette fois, le magistrat instructeur a franchi un cap en convoquant Cristina elle-même, entachant pour le coup sérieusement la réputation de cette personnalité jusqu’alors populaire de la famille, diplômée en sciences politiques, connue pour ses activités sociales ou humanitaires et directrice du département social de la Fondation La Caixa, à Barcelone. À tel point que d’aucuns, dans la presse espagnole, demandent à la princesse de se retirer de l’ordre de succession au Trône. Elle se situe actuellement en septième position, derrière ses frère Felipe et sœur Elena et leurs enfants respectifs. «Cette femme a un goût extrême pour la compétition. Elle est obstinée», tranche l’écrivain britannique Andrew Morton, biographe multimillionnaire de Lady Di, qui vient tout juste de publier le livre Ladies of Spain. Sofia, Elena, Cristina et Letizia: entre le devoir et l’amour, qui sent déjà le best-seller à plein nez dans la péninsule ibérique et sacre la princesse Letizia, l’épouse du prince héritier Felipe, comme une imminente grande reine, «la républicaine qui sauvera la monarchie»!

Juan Carlos poussé vers la sortie

Pour certains observateurs de la famille royale espagnole, le roi Juan Carlos n’a plus d’autre possibilité que d’abdiquer le plus rapidement possible au profit de son fils aîné, le prince Felipe, héritier présomptif du trône, qui forme avec son épouse, la princesse Letizia un duo chic et choc seul apte à traverser la tempête et essuyer le grain qu’affronte la galère royale des Bourbons depuis près d’un an et demi. Juan Carlos était une icône intouchable en son pays pour y avoir amené la démocratie après les années de dictature du Caudillo, Franco, mais aussi et surtout depuis que le 23 février 1981, il parvient à sauver cette démocratie d’un coup d’état militaire en jetant toutes ses forces dans la bataille lors d’une poignante allocution télévisée dans laquelle il exige que l’armée apporte son soutien inconditionnel au gouvernement démocratique légitime. Le Roi a auparavant appelé plusieurs chefs de l’armée pour leur ordonner en tant que commandant en chef de défendre la démocratie. Pari et coup de bluff gagnés! Depuis lors, l’armure flamboyante et sans tache del Rey a quelque peu terni. Âgé de 75 ans, le Roi a subi ces dernières années une avalanche d’ennuis de santé jusqu’à ce qu’une énième fracture de la hanche fasse découvrir aux Espagnols la double vie de leur souverain: il est un véritable Don Juan chasseur de femmes aux 1.500 conquêtes supposées, chasseur également de gros gibier, pincé sur le fait lors d’un safari à l’éléphant au Botswana qui plus est organisé par sa maîtresse allemande Corina Zu Sayn-Wittgenstein, la princesa Corina comme l’ont déjà surnommée quelques persifleurs. C’est là qu’il s’est brisé la hanche et s’est mis dans de sales draps. Certes, Juan Carlos a présenté ses excuses après cette sanglante excursion à 37.000 euros la paire de défenses, sans parler du coût du jet privé réservé pour cette petite sauterie meurtrière à charge du contribuable espagnol étranglé par la crise économique. Mais ce dernier ne semble pas lui avoir pardonné. L’affaire de l’institut Noos qui touche de plein fouet son gendre et sa fille cadette n’a rien arrangé. Seuls Felipe et Letizia semblent tirer leur épingle du jeu dans cette affaire. Felipe qui est, de toute l’histoire d’Espagne, le prince le mieux préparé à exercer son rôle futur, celui de 21e monarque espagnol. Il aura sans doute à l’esprit cette fameuse nuit du 23 février 1981 où son père Juan Carlos, insiste pour que Felipe, 13 ans, reste à ses côtés pendant le putsch militaire: «Ne t’endors pas!, lui avait-il ordonné. Regarde ce qu’il faut faire lorsqu’on est roi!» Quoi qu’il arrive, l’un des deux devra de toute façon à nouveau mettre les mains dans le cambouis…