Lors de sa visite de travail à New York dans le cadre du sommet des dirigeants signataires du Pacte mondial des Nations Unies, la Reine a rencontré la presse belge de manière informelle. L’occasion d’aborder avec elle les grands changements dans sa vie et dans son travail entraînés par l’intronisation de son époux, le roi Philippe, le 21 juillet dernier. Bilan : une prestation de pro et des écueils soigneusement évités.

 

La reine Mathilde et le secrétaire-général de l'ONU Ban Ki-Moon. ©PhotoNews/Christophe Licoppe

La reine Mathilde et le secrétaire-général de l’ONU Ban Ki-Moon. ©PhotoNews/Christophe Licoppe

Autres temps, autres mœurs ! Depuis qu’il est devenu le septième roi des Belges, Philippe en a fini, pour toujours sans doute, avec les interviews. Ca tombe bien, on sait qu’il goûtait fort peu l’exercice ! C’est ainsi : constitutionnellement, le Roi ne peut plus s’exprimer publiquement sans être couvert par un ministre. Selon ce principe, il n’octroie plus d’interview à la presse. Principe de précaution étendu à son épouse généralement, bien que les règles soient plus floues : en effet, la Reine n’existe pas dans la Constitution. Quoi qu’il en soit, on nous l’a bien dit auparavant : lors de ce tout premier voyage officiel à l’étranger de la Reine, on va pouvoir la rencontrer et lui parler quelques minutes, mais loin des caméras et des micros. Quant aux stylos et aux papiers, rangez les dans vos poches !

Rendez-vous a été fixé ce jeudi 19 septembre à la fine pointe de l’aube à la résidence de l’ambassadeur belge à l’ONU, dans un vaste immeuble de Turtle Bay, à l’Est de Midtown, un quartier chic, diplomatique et et institutionnel de Manhattan. Au 13e étage, les fenêtres du salon de Madame l’Ambassadeur offrent une vue magnifique de l’East River. Elles sont entrouvertes. Tant mieux ! Un petit courant d’air salvateur rafraîchit la fournaise de cette pièce orientée en plein soleil levant. La Reine y paraît à 8 h 30, déjà apprêtée pour son rendez-vous suivant, une rencontre avec la directrice exécutive du programme onusien UN Women (Femmes) et son marathon de la journée, avec notamment une visite du centre opérationnel de l’Unicef et en point d’orgue un échange de vue prometteur avec Ban Ki-Moon, le secrétaire-général des Nations-Unies tout entier dévolu à la cause que défend la Reine : le droit des enfants et des femmes en matières de travail, l’objet du sommet UN Global Compact en cours, « Architectes d’un monde meilleur ».

Voilà donc Mathilde qui surgit parmi nous. Frileuse, elle est ravie de trouver une pièce enfin… chaude à New York, où la climatisation règne en reine des glaces ! Elle s’autorise à ôter son petit gilet avant de nous saluer, l’un après l’autre, les yeux, qu’elle a fort bleus et jolis, profondément vrillés dans votre regard. C’est une habitude chez elle, donner l’impression que son interlocuteur est, pour quelques instants, seul à seul avec elle, le temps d’une agréable conversation. Elle le fait lors d’entretiens privés, pendant les visites officielles, tout comme auprès de la population dans les bains de foule.

C’est parti pour une demi-heure de conversation glissant sur tous les sujets en rapport de près ou de loin avec son rôle de Reine ou… de maman. Mathilde paraît très à l’aise.

Prévenante envers les uns – notre consoeur Alix Battard de RTL-TVI (JT et « Place royale ») est enceinte et Mathilde, visiblement bien informée d’une grossesse encore peu visible (4 mois), prend de ses nouvelles.

Elogieuse envers d’autres – les photographes (dont elle connaît les noms sans regarder les badges) et leur joli travail, souligne-t-elle, sur l’intronisation du 21 juillet notamment une très belle photo du couple royal au balcon mais prise des coulisses.

Aimable avec tous, même lorsqu’une question délicate surgit et qu’elle esquive avec habileté. « Majesté, Madame ? Qu’en est-il au fait ? » Référence à la recommandation du Palais d’appeler désormais Mathilde « Majesté » pour la différencier des deux autres reines que compte notre Famille royale, appelées « Madame » au cours d’une conversation. Une décision polémique à laquelle Mathilde ne serait pas étrangère, s’il faut en croire certaines sources, ce que défend le Palais catégoriquement. Bref, « Majesté ou Madame ? », demande une consoeur. Mathilde : « Ce sont des questions de forme, moi je m’intéresse au fond, comme ce qu’on fait ici à New York pour les droits des enfants. Je veux rester proche des gens. Je l’étais déjà lorsque j’étais épouse du prince Philippe, aujourd’hui je veux toujours le rester en tant qu’épouse du Roi. » (On remarquera bien que Mathilde évite elle-même de prononcer le terme de « reine » dont le statut constitutionnel est inexistant, comme on l’a dit plus haut, NDLR) « Comme je l’ai toujours dit, bien avant d’ailleurs que je sois mariée, j’ai une bouche et deux oreilles, c’est pour écouter deux fois plus que parler. Je suis là pour écouter les problèmes des gens et pour essayer de les aider. Le reste ce sont des questions de forme.» (On remarquera aussi qu’elle n’a finalement pas répondu à la question, mais avec le sourire !, NDLR).

Notre délégation de presse comprend des journalistes de tout poil (certains plus que d’autres ;-)) et de toutes origines linguistiques, Mathilde passe donc du français au néerlandais avec aisance et, fidèle à une technique longuement éprouvée dans la famille, d’un sujet qui devient peu à peu trop privé ou trop sensible à l’objet de notre visite à New York. Tout cela glisse et semble couler de source. On est dans l’informel, mais on sent que Mathilde s’est bien préparée à cette rencontre.

Bien évidemment, c’est l’occasion de faire passer un message, en substance : « Ma situation a changé, pas la situation générale et donc pas mes combats. Je n’y renonce pas. Les droits des enfants restent ma « Top Priorité ».  Unicef reste un centre d’intérêt essentiel pour moi. Je ne compte pas en abandonner la présidence d’honneur. Mais, tout d’abord, on doit s’investir dans le pays. Il y a les Joyeuses Entrées. Beaucoup de choses à faire. Le reste, on verra plus tard. J’ai toute la vie devant moi pour mener à bien des tas de projets. Pas à pas. Chaque chose en son temps. »

Et c’est aussi l’occasion de parler des petits princes. La Reine nous confie avoir recouvert elle-même les cahiers de ses enfants – « le plus dur, c’est de ne pas faire de bulles ! » -, raconte à quel point ils ont apprécié le défilé militaire du 21 juillet. « Heureusement, dit-elle, l’intronisation s’est produite pendant les vacances, ça n’a donc rien changé pour les enfants » – et quand nous demandons s’ils aimeraient accompagner leurs royaux parents lors des Joyeuses Entrées, elle rappelle qu’il y a l’école et que c’est important d’y aller. On apprend au passage qu’Elisabeth est très heureuse d’être entrée en secondaire – « C’est une très chouette petite fille ! » – et que le Roi va conduire les enfants tous les matins à l’école alors que la Reine va les chercher tous les soirs. Puis elle revient aux droits des enfants, ce pourquoi nous sommes présents à New York, et nous en explique les tenants et objectifs, assez clairement d’ailleurs – ça change du fatras assez incompréhensible que nous a distribué UN Global Compact en anglais technique dans le texte. Certes, elle connaît bien sa leçon et la développe sans surprise. Certes, c’est préparé et un peu convenu. Mais ça n’en est pas moins efficace. L’entretien s’achève déjà, la demi-heure est passée comme les navires de la Circle Line devant la skyline de Manhattan. À tout berzingue.

Mathilde s’en va vers son prochain rendez-vous, exempte de toute erreur de communication, laissant presque un effluve de spontanéité dans l’air.

Ceux qui sont venus pour la prendre en faute en sont pour leurs frais.

Dans le jardin des roses de l'ONU. Belga/Benoît Doppagne

Dans le jardin des roses de l’ONU. ©Belga/Benoît Doppagne

Moment sympa: Pierre Cartuyvels, chef de cabinet adjoint du Roi, capture un moment de discours de la Reine, peut-être pour le Roi ? ©Belga/Benoît Doppagne

Moment sympa: Pierre Cartuyvels, chef de cabinet adjoint du Roi, capture un moment de discours de la Reine, peut-être pour le Roi ? ©Belga/Benoît Doppagne

La Reine et le secrétaire-général de l'ONU Ban Ki-Moon. ©Belga/Benoît Doppagne

La Reine et le secrétaire-général de l’ONU Ban Ki-Moon. ©Belga/Benoît Doppagne