Au terme de sa toute première mission économique, nous avons pu arracher quelques mots de la princesse Astrid lors d’un entretien informel. Découvrez aussi notre dure mais nécessaire analyse et comment la Princesse devra faire pour affronter sa peur des médias !

La princesse Astrid en conférence de presse au Cap. Elle lit son intervention. © DIRK WAEM / BELGA

La princesse Astrid en conférence de presse au Cap. Elle lit son intervention. © DIRK WAEM / BELGA

Nous avons pu nous entretenir de manière informelle avec la princesse Astrid quelques minutes à bord du navire brise-glace polaire SA Agulhas II, symbole du Programme sud-africain de recherche en Antarctique et aussi de la collaboration avec la Fondation Polaire internationale présidée par le Belge Alain Hubert et la Station Princesse Elisabeth, la base belge sur le sol antarctique.

Nous avons demandé à la princesse Astrid comment elle avait appréhendé cette toute première mission économique et si elle s’y était beaucoup préparée : « Je fonctionne au jour le jour, j’avance sans trop me poser de questions, sans trop réfléchir au pourquoi du comment. Mais je fais les choses de tout mon cœur et avec toute mon âme ! J’ai beaucoup travaillé, mais, vous savez, je ne suis jamais assez préparée ! Et puis, je dois aussi tenir compte de ma famille. J’ai déjà accompli des missions et des voyages dans le secteur de la santé et de l’humanitaire, je connais bien l’Afrique. Mais ici, les missions économiques sont assez différentes, car les matières sont très diversifiées. Mais c’est très intéressant. J’ai fait des rencontres étonnantes et tout me passionne ! Mon frère m’a aussi briefée. Il m’a téléphoné hier pour me donner des conseils et me féliciter. »

Ces trois derniers mois, depuis l’intronisation de votre frère, qu’est-ce qui a changé pour vous ? Vous avez ainsi de nouvelles attributions… « Ca, on  va voir », sourit la Princesse en se tournant vers le ministre Reynders (alors que l’on sait désormais que la princesse présidera à tout le moins les deux prochaines missions, tant en Inde en novembre, qu’en Arabie saoudite en mars prochain, NDLR). « C’est vrai, beaucoup de choses ont changé, mais je suis très contente que mon frère soit devenu Roi. »

Vous avez reçu des conseils aussi à propos de votre visite aujourd’hui sur ce bateau scientifique lié à la recherche en Antarctique et à la station Princesse Elisabeth ? « Oui bien sûr, d’ailleurs j’espère que mon frère pourra venir inaugurer ici le prochain musée du Cap sur l’Antarctique en 2017. »

En parlant de la station, vous savez que c’est justement ce vendredi l’anniversaire de votre nièce, la princesse Elisabeth (la princesse héritière a fêté ses 12 ans le 25 octobre dernier. « Oui bien sûr, c’est très symbolique, vous ne trouvez pas ? Je lui souhaiterai un heureux anniversaire à mon retour en Belgique. »

Qu’est ce qui vous a marqué le plus dans cette première mission économique ? « Le rythme soutenu. J’ai ressenti parfois une petite fatigue. Mais sinon j’ai appris énormément de choses, et je dois encore apprendre ! Notamment sur les matières économiques, mais je suis heureuse aussi que ce genre de mission comprenne aussi des aspects sociaux et humanitaires. »

 

Notre analyse :

Elle a accompli tous les rendez-vous, toutes les rencontres avec la même disponibilité, le même sourire, la même chaleur. Après toute une semaine passée à voyager entre l’Angola et l’Afrique du Sud, elle ne compte plus le marathon de déplacements, le nombre de prises de parole, d’échanges, tant en anglais qu’en néerlandais et en français, avec les acteurs politiques, économiques et sociaux aussi bien angolais et sud-africains que belges – ces derniers venus en nombre d’ailleurs, ne serait-ce que par la présence ministérielle tant fédérale que régionale. Dans la toute dernière ligne droite de cette mission économique qui l’a conduite jusqu’à la pointe extrême de l’Afrique australe, à deux écueils de ce fameux Cap de Bonne-Espérance que redoutaient les marins les plus expérimentés au moment de le franchir pour entrer dans l’Océan Indien, la princesse Astrid doit maintenant affronter sa pire épreuve, son « grain » ou son « coup de tabac » comme disent les vieux loups de mer. Avant de pouvoir voguer sur une mer d’huile, un océan de tranquillité et de songer déjà à la préparation de la mission économique suivante, la Princesse va devoir affronter ces véritables pirates… que sont les journalistes !

Pas question cette fois de les recevoir autour d’une table, comme le faisaient pourtant les ducs de Brabant, pour l’interview de fin de mission, un entretien à bâtons rompus de plus d’une demi-heure, qui leur permettaient d’aborder les sujets les plus variés tant du voyage en cours que de l’actualité belge. Un moment important et très attendu par les membres de notre profession car le seul où nous sommes autorisés à parler aux membres de la Famille royale puisqu’en Belgique il est impossible de les approcher !

Comme l’on sait que la sœur du Roi appréhende particulièrement cette étape, surtout depuis sa prestation lors d’une interview à la VRT (« De Zevende Dag ») qui fut très critiquée en Flandre car peut-être mal préparée même si empreinte de bonne volonté, le Palais royal ne compte pas envoyer sa nouvelle et si disponible représentante de commerce dans « la gueule du grand méchant loup ». Aussi, l’on prétexte qu’il n’est plus question à l’avenir de focaliser trop l’attention médiatique sur la présidence des missions mais plutôt sur les entreprises elles-mêmes. L’on monte donc sur pied une conférence de presse qui voit la Princesse encadrée par un aréopage de ministres, chacun ayant à cœur d’occuper un maximum de temps de parole. Une session de 40 minutes à été prévue. Les différentes interventions occuperont… 37 minutes. Il reste trois minutes pour l’échange de questions-réponses ! Dans l’ordre, après la Princesse, qui a lu son intervention sur le bilan de cette mission, se sont exprimés les deux vice-Premiers fédéraux présents, Didier Reynders et Pieter De Crem, puis le ministre-président wallon Rudy Demotte, la patronne du FIT (l’agence du commerce extérieur flamand) Claire Tillekaerts, le directeur de Brussels invest & Export Jacques Evrard et l’ambassadeur belge en Afrique du Sud Johan Maricou ! Tous au demeurant d’honorables intervenants, mais au final, le temps de trois questions des télés à la Princesse, qui a finalement répété trois fois la même réponse (la faute aux journalistes sans doute), et l’affaire était dans le sac, emballée, pesée, pliée !

Subodorant pareille aventure synonyme de véritable catastrophe pour nos rédactions, nous autres journalistes scribouillards – dinosaures de l’information papier – avons mis la pression pour obtenir le petit entretien informel préalable avec la princesse Astrid que vous avez pu découvrir en début de post. Elle s’y est pliée – nous ne pouvons déontologiquement pas écrire « de bonne grâce », mais plutôt contrainte et forcée, alors que nos questions se voulaient plutôt bienveillantes, car nous savons très bien que ce n’est évident pour personne de prendre – presque au pied levé – de nouvelles attributions, dans un secteur (économie, commerce) compliqué et jamais abordé, qui plus est en anglais presque exclusivement. Nous avons aussi en mémoire que la Princesse est assez timide et réservée (caractéristique familiale) et nous n’ignorons pas non plus que les membres de la Famille royale ont été élevés, bien malheureusement, dans la peur du contact avec les médias. Donc notre Princesse accepte, mais ne veut pas commencer avant que soit à ses côtés la présence sans doute rassurante du ministre des Affaires étrangères et, de manière un peu enfantine, nous tourne le dos jusqu’à ce qu’il arrive, alors que nous sommes à moins d’un mètre d’elle !

Finalement, la Princesse répond à nos quatre ou cinq malheureuses questions et s’en tire même plutôt pas mal. Car, ce qui est formidable avec elle, c’est que, au travers des réponses courtes, empruntées et parfois maladroites – transparaît toute l’humanité, la bonté d’âme, le cœur, la sincérité de la Princesse. On a même vraiment envie de l’aider à s’exprimer, elle qui, au début de chaque intervention en public, s’excuse de ne pas être une grande oratrice ! Mais tout cela se travaille, heureusement, Madame. Depuis plus de dix ans maintenant que nous suivons les missions économiques, nous avons d’ailleurs eu l’occasion de voir le prince Philippe alors, aujourd’hui le Roi, faire des progrès importants en matière de communication. Plus vivant dans ses discours, plus à l’aise dans ses conversations avec les journalistes et dévoilant enfin lors de ses dernières missions cet humour qu’on nous avait souvent vanté mais auquel nous n’avions jamais droit. Lors des ultimes missions, on l’a même vu spontanément venir vers nous pour tailler une bavette et recueillir nos impressions ! Voilà qu’il se mettait à nous interviewer à son tour ! Tout cela n’est pas inné. Cela se travaille.

Un conseil: fréquentez les !

Les participants à la mission ont tous vanté les qualités d’écoute, de gentillesse et de disponibilité de la princesse Astrid. Et ils sont très satisfaits des succès obtenus. Nous ne pouvons qu’acquiescer ! Mais, désolé, la communication et le contact avec la presse font aussi partie du job. Un truc tout simple et sans doute le plus facile à appliquer pour mieux appréhender ces membres de la presse si angoissants, serait peut-être de les fréquenter davantage, comme un équilibriste affronte sa peur du vide, au lieu de les éviter. Ensuite, il s’agira d’occuper la scène comme occuper l’espace et, au lieu de presque s’excuser d’être là, de se composer une allure plus royale, pour en imposer et impressionner à son tour, pour troubler, estomaquer et enfin couper le sifflet à ces fieffés journalistes.