L’archevêque de Malines-Bruxelles a rendu hommage au peuple de “bons Belges en noir, jaune, rouge” et a demandé aux fidèles de prier pour Philippe qui aura “besoin de beaucoup de sagesse pour régner sur ce petit pays si sympathique mais si compliqué”

 

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Voici le texte intégral de l’homélie prononcée par le primat de Belgique au cours du Te Deum donné à l’occasion de la Fête du Roi en la cathédrale Saints-Michel et Gudule devant les représentants de la famille royale: le roi Albert, la reine Paola, la princesse Astrid, le prince Lorenz, le prince Laurent et la princesse Claire. Comme le veut la tradition, le Roi et la Reine n’assistent pas à ce Te Deum le jour de la Fête du Roi.

“De l’avis général, le 21 juillet de cette année appartient à un cru exceptionnel. Une fête nationale sans « drache » du même nom. Un soleil plus que généreux pour le départ ému, digne, tendre même, d’un roi et d’une reine. Un peuple en liesse pour l’intronisation d’un roi et d’une reine faisant preuve d’emblée d’une calme et sereine assurance.
Dans les rues, le bon peuple de ce pays, au tempérament bon enfant, s’ébrouait sans complexe. Un peuple modeste, travailleur, sans prétentions déraisonnables, peu porté au
chauvinisme outrancier, mais qui, exceptionnellement, sait laisser déborder son émotion et sa joie. Avec même un brin de fierté. Ce fut le cas en ce mémorable 21 juillet 2013. Des familles entières accourues de toutes les provinces belges. Des gens probablement très sérieux dans leur vie professionnelle, mais affublés, pour la circonstance, de toutes sortes de chapeaux, de tatouages, de couronnes et autres attributs de la dynastie nationale. Du bon belge. Et, pour cette fois, pas seulement du « bleu blanc belge », mais du noir, du jaune et du rouge, étroitement enlacés. Et partout, cela sentait bon le hot-dog, la frite, la gaufre et la bière.
Au Palais royal, dans l’attente de l’abdication du Roi Albert II, et au Palais de la nation, dans l’attente de la prestation de serment du Roi Philippe, une atmosphère fraternelle, dans le premier cas, détendue et joyeuse, dans le second, parmi les corps constitués de la nation. Et entre les divers cultes et options philosophiques représentés, une complicité aimable, nourrie par la même ferveur, par-delà les légitimes divergences.
Déjà le 21 juillet, mais aujourd’hui aussi, les chrétiens de ce pays ont prié et prient encore pour que le coeur de notre Roi soit habité par cette sagesse et cette grâce dont nous parlaient les deux lectures de cette liturgie. La foule de Nazareth s’émerveillait, en effet, devant les paroles de grâce qui sortaient de la bouche de Jésus, leur compatriote. Le livre de la Sagesse présentait même cette dernière comme une figure féminine brillante et bienveillante. N’en trouvons-nous pas comme un reflet dans le sourire attentif de notre Reine ? Et, dans son optimisme, l’auteur de ce livre laissait entendre que cette aimable sagesse se laisse découvrir sans peine par ceux qui la
cherchent. Puisse-t-il en être ainsi pour notre Roi Philippe. Car il lui faudra, effectivement, beaucoup de sagesse pour régner sur ce petit pays bien sympathique, mais dont la complication est inversement proportionnelle à sa taille. Un peuple bariolé, bigarré dont les trois grandes langues et cultures nationales s’entrelacent avec celles des nombreux immigrés qui y ont trouvé accueil. J’invite donc, une fois encore, les chrétiens ici présents ainsi que les autres croyants à prier pour toute la famille royale, mais spécialement pour notre Roi Philippe et notre Reine Mathilde. Quant aux non-croyants qui nous ont fait la grâce de nous rejoindre en cette Cathédrale, je les remercie de joindre leur recueillement au nôtre, dans une commune sympathie pour ceux qui ont la belle et lourde mission de présider à notre destinée nationale. Vive le Roi et vive la Reine !”
+ André-Joseph Léonard,
Archevêque de Malines-Bruxelles
15.11.2013