Le président américain a prononcé un texte très engagé contre les agissements de la Russie devant le Roi et la Reine et tout un public conquis

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C’est la foule des grands jours devant le Palais des Beaux-Arts, ou le Bozar comme il faut en principe l’appeler, même si le terme est fort peu élégant. Plusieurs centaines de personnes sont massées devant les barrières Nadar qui bloquent la rue Ravenstein. Chacun sort son invitation officielle et la brandit devant les agents de police qui jouent les cerbères. Toutes ces personnes sont privilégiées, elles ont reçu le feu vert de la Maison Blanche elle-même pour pouvoir assister au discours du président Obama dans la jolie salle Henry Leboeuf du Bozar.

Comme la veille sur le tarmac de Zaventem, nous sommes conviés au rendez-vous trois bonnes heures à l’avance. Les journalistes doivent chercher leur accréditation (estampillée White House Press s’il vous plaît!) sur le côté de la salle de concert. Les Américains sont “in charge” comme on dit chez eux. Très polis, mais fermes. IL s’agit d’avoir les papiers appropriés et d’être sur les listes, sinon…

PDV

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Après une longue file pour décrocher l’accréditation, nous voici faire la file pour le contrôle de sécurité. Enfin, nous pouvons pénétrer dans la salle. Nous prenons place au premier rang du 2e parterre, légèrement surélevé. Personne devant nous et une vue imprenable sur le pupitre présidentiel et ses deux prompteurs transparents disposés de part et d’autre de ce dernier, ce qui fait regarder Barack Obama un coup à gauche, un coup à droite, de manière très naturelle. Mais pour l’heure, Obama se trouve encore à l’Otan en plein entretien avec le secrétaire-général Anders Fogh Rasmussen, ensuite il tiendra une conférence de presse plutôt réservée aux journalistes qui l’accompagnent dans son périple européen.
Dans la salle, un orchestre interarmes de l’Otan interprète de grands standards du jazz pour meubler la longue attente. Il est d’ailleurs tout surpris lorsque les spectateurs se mettent à l’applaudir. Mais en fait, si on est ici pour écouter un discours de politique internationale, on l’est aussi pour le show, ce petit plus qui fait que la politique américaine est fascinante, là où la belge transpire parfois l’ennui. Aux balcons et jusque dans les baignoires, des députés mais aussi les membres des différents exécutifs belges, les ministres d’Etat ont pris place, au côté de commissaires européens et d’autres personnalités ou Autorités du pays, y compris morales. Les représentants des différents cultes ont aussi leur place dans la salle.
En attendant Barack, on voit le vice-Premier Didier Reynders tailler le bout de gras avec Kris Peeters, le ministre-président flamand. Les trois anciens, Herman De Croo, Marc Eyskens et Willy Claes sont au premier rang du balcon de droite. A droite de la loge royale, Elio Di Rupo étincelle de toutes ses dents, à côté du président de la Commission européenne José Manuel Barroso et son épouse. De l’autre côté de la loge, le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, semble méditer. Le Roi et la Reine sont dans le salon attenant à la loge royale, entourés des hauts dignitaires du Palais. Ils ne feront leur entrée qu’une minute avant le début du “programme” (on se croirait au Concours Reine Elisabeth!)
Chacun a fait sa photo de la scène et du pupitre présidentiel encore désert sur fond des drapeaux des nations qui constituent l’Otan. Chacun essaie maintenant de l’envoyer sur les réseaux Facebook, Twitter ou même par SMS. Rien ne passe. Est-ce le surnombre d’envois ou bien un brouillage de données bien efficace ? On se dit qu’il ne faut vraiment pas exclure cette possibilité.
Devant nous, la presse de la Maison Blanche fait son entrée dans la salle et s’installe sur ses fauteuils réservés. Les photographes du président prennent place devant et jusque sur la scène, faisant bisquer leurs confrères belges parqués bien plus loin. Il faut être dans un cercle de confiance particulièrement restreint pour pouvoir approcher Barack…

Le Roi et la Reine font leur entrée dans la loge royale, chaleureusement applaudis. Ils saluent gentiment l’assistance avant de prendre place. Cette fois, ça y est ! Le président entre sur scène… sous les vivats de l’assistance. Ce n’est pourtant pas une star du rock, mais bien un homme politique, qui va délivrer un discours extrêmement politique et d’une importance capitale, comme on va le découvrir…

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Après un bonjour en anglais, en néerlandais et en français, particulièrement apprécié, il se met d’emblée le public en poche en saluant le couple royal et le Premier ministre en déclarant: “C’est simple d’aimer un pays qui est célèbre pour son chocolat et pour ses bières.” (rires, ce seront les seuls, car après le discours prend immédiatement un ton grave).

Le président américain appelle en effet les jeunes Européens à prendre en main le destin de l’Europe: “Nous devons nous battre pour nos idées.” » Barack Obama a commencé son allocution en indiquant que sa visite au cimetière Flanders Fields de Waregem lui avait rappelé comment deux générations avaient été sacrifiées pendant les deux conflits mondiaux: “C’est en réponse à cette histoire tragique, qu’après la Seconde Guerre mondiale, les Etats-Unis et l’Europe se sont unis pour rejeter les forces obscures du passé et bâtir une nouvelle architecture de la paix(…) Les Européens (…) sont aujourd’hui plus en sécurité et dans une situation plus prospère qu’ils ne l’ont jamais été.” Pour Obama, la crise économique a ébranlé le projet européen. “Mais le combat des idées continue pour votre génération”, inisiste-t-il auprès des jeunes présents dans la salle (tous sur leur 31 pour l’occasion), faisant allusion à “l’annexion” de la Crimée par la Russie. “Au XXIe siècle, les frontières de l’Europe ne peuvent pas être redessinées par la force.
Ni l’Europe, ni les Etats-Unis n’ont intérêt à contrôler l’Ukraine. Nous voulons juste que le peuple d’Ukraine puisse choisir son destin.” Des menaces pour suivre: “Si la Russie continue, nous continuerons de l’isoler. Il y aura des sanctions.” Mais s’il montre les dents, il pense aussi à offrir une main tendue aux Russes, appelant de ses vœux une “Russie forte”, tout en expliquant clairement que “ce n’est pas parce que la Russie a une longue histoire avec l’Ukraine qu’elle peut se permettre de déterminer son futur”. “Nous croyons que la Russie va accepter de coopérer avec un respect mutuel”, a-t-il ajouté, avouant que “la situation en Ukraine n’a pas de réponse facile”. Il réitère sa conviction que “les voix pour la dignité humaine et les droits individuels finiront par triompher.” “Nous ne devons jamais oublier que nous sommes les héritiers d’une lutte pour la liberté.” Les idéaux de liberté et de prospérité que partagent selon lui l’Europe et les Etats-Unis ne doivent jamais être tenus comme définitivement acquis. “C’est à vous, les jeunes Européens (…), de décider quelle direction prendra le cours de notre Histoire”, lance-t-il à sa jeune assistance, les haranguant de se battre pour les valeurs démocratiques et les droits de l’Homme, dans un discours marqué par la réaffirmation du lien transatlantique et l’avertissement lancé à la Russie. “Le succès de nos idées ne dépend que de nous. Nous vivons dans un monde où nous devons nous battre pour nos idées. Nous sommes les héritiers d’une lutte pour la liberté. C’est à nous de voir quel monde nous voulons laisser derrière nous.” (Merci au Soir en ligne pour les extraits du discours)
Obama achève son discours et remercie ses auditeurs, qui se lève comme un seul homme pour l’applaudir. Dans la loge royale, Philippe et Mathilde sont également debout et applaudissent à tout rompre. Le charismatique Président quitte la scène en saluant largement l’assistance.
Une dernière poignée de main avec le couple royal en coulisses, et Barack remonte dans sa limousine, The Beast. Le convoi de 45 voitures se met aussitôt en route, direction l’aéroport. Il traverse une capitale de l’Europe comme figée en son honneur. Il est bien vite à l’aéroport. Décollage d’Air Force One dans la foulée. Ce mercredi soir, Barack Obama dormira à Rome…

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