Une biographie non autorisée du prince Charles d’Angleterre est sortie ce jeudi. Elle décrit un prince héritier manquant cruellement de confiance en lui et entouré de flatteurs, mais un prince qui se veut également engagé et entend le rester lorsqu’il montera sur le trône. 

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Les pays ne sont pas les mêmes, mais les situations similaires. Une nouvelle biographie, non-autorisée, du prince Charles d’Angleterre relance les spéculations quant à son aptitude à monter un jour sur le trône britannique, quand le moment sera venu pour lui de succéder à sa mère, la reine Elizabeth II. Les observateurs, bien évidemment anonymes, mettent en doute non son intelligence mais sa capacité d’observer la sacro-sainte neutralité du job, à l’instar de sa mère, Elizabeth II, en passe de devenir, en septembre, la souveraine ayant régné le plus longtemps outre-Manche. Ce n’est pas sans nous rappeler toutes les bios du prince Philippe de Belgique spéculant sur sa capacité à endosser un jour l’écharpe royale d’Albert II. Depuis le 21 juillet 2013, celui-ci n’a pourtant encore commis le moindre faux pas de ce genre et on imagine qu’il aura à coeur de continuer sur cette voie.

Mais en Angleterre, l’on croit fermement que Charles ne pourra pas se taire. “Tensions au palais, Charles refuse d’être un roi muet” titrait ainsi le dernier “Sunday Times”. Le “Times” lui même explique que “la reine redoute que le pays ne soit pas prêt à accepter Charles et son activisme”. Les deux titres basent leurs articles sur les prétendues “révélations” que recèle une nouvelle biographie de 448 pages dont ils ont publié les bonnes feuilles. L’auteur de “Charles: le coeur d’un roi” (“Charles: Heart of a King”), Catherine Mayer, ex-responsable du bureau du magazine américain “Time” à Londres, ne fait qu’appuyer une thèse qu’elle défend depuis quelque temps. En 2014, elle mettait déjà en doute cette capacité du futur Charles III. Selon elle, il se préparerait “sans enthousiasme” à la relève, de peur d’avoir à délaisser ses centres d’intérêt. Elle livre de Charles un portrait ambivalent et “modérément flatteur”, analyse la BBC. Le prince au “manque de confiance congénital” compterait trop de béni-oui-oui dans son entourage. Son palais, Clarence House, s’apparenterait à “Wolf Hall”, le sobriquet utilisée par l’historienne Hilary Mantel pour décrire les querelles byzantines voire assassines à la cour d’Henri VIII, au XVIe siècle. D’un autre côté, celui que ses 161 employés appellent “le Boss”, “le chevalier ayant pour but ultime de sauver sa planète d’adoption et la monarchie” refuserait de “mettre en veilleuse” ses convictions en faveur de la protection de l’environnement, des médecines douces, de la nourriture bio ou de l’insertion des jeunes défavorisés. ”Le Prince m’a confié:  ”Je veux élever les aspirations, recréer l’espoir là où il y a du désespoir, et de l’aisance là ou sévissent les privations”",  écrit Mayer. N’en déplaise à ceux qui le considèrent “comme un parasite, un excentrique qui parle aux plantes” ou à ses détracteurs – le duc d’Edimbourg, son père, en tête – qui lui reprocheraient de placer “ses passions cérébrales” avant ses devoirs royaux.

La riposte royale

Clarence House, visiblement outré, insiste sur le caractère non autorisé de l’ouvrage. ”Les spéculations sur ce que pourrait être le rôle du Prince de Galles devenu roi sont dans l’air depuis des décennies. Nous n’avons fait aucun commentaire sur le sujet, et ce n’est pas maintenant que nous allons commencer”, a coupé court une porte-parole. La journaliste-écrivain se prévaut d’un bref entretien (de 9 minutes !) avec Charles et d’un accès à de nombreux proches, courtisans et opposants ayant requis l’anonymat, comme c’est l’usage pour évoquer les membres de la famille des Windsor. Elle a déclenché un déluge de mises au point émanant de sources “royales”, “informées”, “issues du premier cercle”. Qu’on se le dise, la reine de 88 ans “a toute confiance” en Charles, 66 ans, qui la représente régulièrement dans le cadre de l’apprentissage d’un métier qu’il exercera à un âge où les Britanniques profitent de leur retraite. Une vigoureuse campagne de relations publiques a permis de tourner la page sur son impopularité au temps de la mort tragique en 1997 de Diana, dont il était divorcé, et de son remariage avec Camilla, sa maîtresse de longue date, en 2005.

Pour l’éditeur WH Allen, le livre révèle un homme “dans toute sa complexité”, avec des “opinions passionnées de sorte qu’il ne sera jamais aussi en retrait et impartial que sa mère”. A ceci près qu’un des axiomes de la monarchie constitutionnelle britannique veut que le souverain règne mais ne gouverne pas, laissant ce soin au gouvernement démocratiquement élu.

Charles et Diana auraient hésité la veille du mariage

Par ailleurs, si l’on en croit le brûlot, la veille de son mariage avec Diana Spencer, le 29 juillet 1981, Charles, 29 ans, était “désespéré” et aurait déclaré à son entourage: “Je ne peux pas le faire.” Diana pensant exactement la même chose de son côté. “Je ne peux pas l’épouser. Je ne peux pas. C’est impossible”, aurait confié la princesse à ses soeurs, en ayant à l’esprit l’étrange relation qu’entretenait déjà son futur époux avec sa grande amie Camilla. Pourtant, ils se sont tout de même dit “I do”. Et ce fut pour le meilleur (leurs enfants), mais aussi pour le pire.

(Sur base d’une dépêche AFP)