La Reine du Royaume-Uni dispose d’un patrimoine foncier et financier considérable. Petit tour du propriétaire…

Queen visit to the University of Sheffield Advanced Manufacturing Research centre

Ce 21 avril, la reine Elizabeth II d’Angleterre est devenue nonagénaire! Et même si elle ne parle jamais d’argent – notion par trop vulgaire dans ce milieu! – la monarque qui a régné le plus longtemps sur les destinées de ses fidèles sujets dans toute l’histoire du Royaume-Uni tient toujours aussi efficacement les cordons de sa bourse. L’occasion de détailler par le menu les ressources financières et le patrimoine de celle qui reste l’une des souveraines les plus riches du monde.

Fortune personnelle: 375 millions

À l’automne 2015, le groupe de médias financiers américain Bloomberg a analysé et estimé la fortune personnelle de la Reine à 425 millions de dollars, soit environ 375 millions d’euros, composé d’un portefeuille de titres et d’actions évalué à 65 millions d’euros, 95 millions d’euros de biens meubles (dont une impressionnante cassette de bijoux privée), une collection de timbres héritée de son père, le roi George VI et évaluée à 65 millions d’euros (la plus importante et la plus rare collection du monde), une écurie de 25 chevaux de courses estimée à 10 millions d’euros et un patrimoine d’environ 140 millions d’euros hérités de la reine mère et provenant donc de l’héritage transmis de génération en génération depuis la reine Victoria. Pour l’anecdote, lorsque cette dernière est montée sur le trône en 1837, à l’âge de 18 ans, après la mort successive des trois frères aînés de son père sans héritiers directs, elle arrive les mains vides. C’est son époux, le prince Albert de Saxe-Cobourg-Gotha (neveu de notre roi Léopold Ier), qui s’est révélé un habile gestionnaire et lui a créé un important patrimoine immobilier et financier. Patrimoine qui a été transmis intact à chaque souverain successif et a largement pu s’accroître, car depuis 1894 date d’entrée en vigueur de cet impôt, aucun monarque n’a jamais dû acquitter de droits de succession!

Deux châteaux privés: 350 millions

En matière de patrimoine immobilier, la Reine possède en propre pas moins de deux châteaux, celui de Balmoral en Écosse, grand manoir en scottish baronian style baigné par la rivière Dee, domaine de 20.000 ha acheté par le prince Albert 30.000 livres sterling et estimé aujourd’hui à environ 200 millions d’euros. Mais aussi le château de Sandringham acheté par Victoria en 1862, un an après le décès d’Albert. Ce domaine de 8.000 hectares situé dans le Norfolk compte également un certain nombre de cottages et de résidences (comme Amber Hall que la Reine a offert à son petit-fils le prince William pour son mariage) et est estimé à environ 150 millions d’euros.

Son salaire

Nous avons évoqué les biens propres, mais la Reine reçoit aussi un salaire pour accomplir sa tâche et entretenir la maison royale. Jusqu’en 2012, Elizabeth II recevait une Liste civile. Le terme remonte au XVIIe siècle et reprenait le montant alloué aux dépenses non-militaires du souverain (d’où le terme civile) dont les comptes se sont vus séparés de ceux de l’État. Il s’agissait surtout pour le parlement de conserver une forme de contrôle sur la fortune, et donc l’indépendance, du monarque. En 2012 le principe du Sovereign Grant a été mis en place. C’est-à-dire une subvention annuelle destinée à couvrir l’ensemble des dépenses de la Reine pour ses obligations institutionnelles. Montant fixé à 15% des revenus du «Crown estate», le Domaine de la Couronne, autrefois des bien possédés en propre par le monarque mais passés depuis dans le giron de l’État. Le Crown Estate est l’un des plus importants propriétaires terriens du Royaume-Uni avec un portefeuille atteignant les 10 milliards d’euros. La majorité de l’immobilier se situe en ville (plus de 30.000 hectares). Il comprend notamment un grand nombre de propriétés dans le centre de Londres (comme l’ambassade d’Israël, l’ensemble des immeubles de la Regent Street, près de Picadilly Circus, la moitié du quartier de Saint-James par exemple), mais aussi dans d’autres villes du royaume, d’Oxford à Newcastle, sans oublier l’hippodrome d’Ascot. Le Crown estate comprend aussi plus de 110.000 hectares de forêts et terres agricoles, plus de 55% des estrans (zones côtières) britanniques et nombre de droits et participations, comme les droits d’extraction sur 115.000 hectares de mines, mais aussi le droit sur la pêche au saumon dans les rivières d’Écosse! Bon an mal an, la Reine reçoit donc un montant de 45 millions d’euros pour financer ses activités publiques et celles de ses proches lorsqu’ils la représentent. Mais aussi gérer son administration (de plus de 400 personnes) et tenir en état les palais royaux.

L’argent de poche

En plus de ce très confortable salaire, le souverain du Royaume-Uni bénéficie aussi de revenus constitutionnellement privés! Le Privy Purse, tel est le nom officiel des finances privées de la Reine, dont le nom provient de la bourse brodée que portait toujours sur lui le trésorier du monarque autrefois. Le principe est resté et les fonds proviennent pour l’essentiel du duché de Lancastre (ou Lancaster). Selon un principe très moyenâgeux (qui s’applique aussi au duché de Cornouailles pour le prince de Galles), le duché royal de Lancastre revient de droit au porteur de la Couronne (depuis Henri IV roi et premier duc de Lancaster en… 1399). Il est aujourd’hui constitué d’actifs mi-privés, mi-publics, beaucoup de terres agricoles et de fermes dans le Lancashire bien sûr mais aussi au Pays de Galles. Le domaine possède également un parc immobilier important dans de nombreuses villes du pays dont tout un centre d’affaires au cœur de Londres. Valeur du duché estimée jusqu’à 550 millions d’euros! Si la gestion du domaine est aujourd’hui contrôlée par l’État, ses revenus terminent tout droit dans la poche de la Souveraine. En 2013, selon la dernière estimation connue, le duché avait rapporté quelque 17 millions d’euros nets d’impôts à Elizabeth II. Pas mal comme petit bas de laine…

La jouissance du reste

En plus de ce petit patrimoine très correct, on en conviendra, la Reine et ses proches peuvent habiter et utiliser gratuitement toute une série de bâtiments dont la famille royale n’est pas propriétaire mais a la jouissance exclusive. Ainsi le palais royal de Buckingham au cœur de Londres, qui, au prix de l’immobilier londonien et avec ses 775 pièces et son parc de 16 hectares, vaudrait dans les 2 milliards de livres sterling s’il devait être vendu! Sans parler du château de Windsor (résidence de week-end de la Souveraine), du palais Saint-James, de Kensington Palace, Clarence House, le palais de Holyrood à Edimbourg et tant d’autres demeures historiques… Il en va de même des biens de la Royal Collection: plus de 7.000 tableaux et autres peintures, des dizaines de milliers d’aquarelles et de dessins, signés par les plus grands noms (Michel-Ange, Rembrandt, Monet…) des statues, des tapisseries, des céramiques, des livres, des meubles anciens. Sans oublier les fabuleux Joyaux de la Couronne britannique. Tous des biens, d’une valeur globale estimée à 25 milliards d’euros, qui appartiennent officiellement à la Reine, mais qu’elle a mission de conserver pour ses successeurs et le bien de la Nation. Si elle ne peut pas les vendre, elle en a la jouissance et comme une sensation de vivre en permanence dans le plus fabuleux des musées. Mais cela, s’en est-elle rendu compte un jour?

302e fortune d’Angleterre

Et pourtant, malgré cet important patrimoine, la reine Elizabeth II n’est pas l’une des femmes les plus riches du monde. Si elle le fut à sa montée sur le trône en 1952, elle se classe aujourd’hui bien loin derrière Liliane Bettancourt (L’Oréal) et ses 32 milliards de dollars. Et même en Angleterre, elle ne se retrouve qu’à la 302e position des personnes les plus riches. Car la Reine possède un patrimoine essentiellement terrien et immobilier (elle est l’un des plus grands propriétaires fonciers du Royaume-Uni). Même si elle dispose à son service de très bons conseillers financiers, elle a raté, peut-être volontairement, le train de la nouvelle économie. Celle qui a fait les plus grandes fortunes du XXIe siècle, mais qui peut les défaire aussitôt d’un revers de la Bourse. Et cela, la Reine ne le supporterait pas. Avançons à petits pas, certes, mais avançons…