Conseils privés, sociétés immobilières, fondation, le frère du Roi multiplie les activités en dehors de la représentation officielle. Et il aimerait bien faire saisir l’avion de Kadhafi!
Frederic Sierakowski / Isopix

Frederic Sierakowski / Isopix

Lunettes sombres, visage fermé, grave, le prince Laurent a assisté, au premier rang, au côté du Premier ministre, aux funérailles de Toots Thielemans célébrées samedi dans une petite église de La Hulpe. Était-il là en son nom propre ou représentait-il la Famille royale lors de cet adieu à l’immense artiste belge? En tout cas, cette présence n’est pas reprise à l’agenda du site monarchie.be, le site officiel du Palais Royal, qui recense en cette année 2016 jusqu’à la rentrée de septembre vingt activités de représentation tout juste pour le frère du Roi. Pour l’année 2015, le Palais crédite Laurent de 36 prestations officielles (mais 22 seulement mentionnées sur le site). Bien moins que les 69 activités comptabilisées par le Prince lui-même dans le rapport d’activité qu’il a déposé à la Cour des Comptes. Pour l’anecdote, les deux premiers présidents de cette institution avaient épinglé dans ce rapport les justificatifs des frais princiers. Entre autres notes de frais Laurent, ou son comptable, avait glissé des tickets de courses au Colruyt, des frais scolaires pour ses enfants et un voyage au ski. Il a dû rembourser 16.000 euros.

Ses frais indexés… de 1.000 euros

En effet, depuis le nouveau règne, les dotations du prince Laurent, de la princesse Astrid, comme du roi Albert sont soumises à un contrôle. Tout comme ces derniers sont soumis à l’Impôt des Personnes Physiques (IPP) sur la partie traitement de leur dotation, et doivent acquitter taxes et accises sur la partie frais de fonctionnement. Ainsi, en 2016, le prince Laurent perçoit un salaire annuel de 87.000 euros, ainsi que 216.000 euros destinés à couvrir ses frais de fonctionnement et de personnel. Une enveloppe qui a été indexée et augmentée de 1.000 euros par rapport à 2015. Dans le même temps, sa Fondation vient de perdre 20.000 euros de subsides du Fédéral, via le SPF Politique scientifique… qui a préféré les ajouter au budget consacré à l’ouverture du Palais Royal au public.

Sa plus grande réussite: la Fondation

Car le prince Laurent fait bien plus que de la représentation officielle. Il a développé tout un secteur d’activités lié à ses propres préoccupations que sont l’environnement et le bien-être des animaux, qu’ils soient domestiques ou sauvages. Sa plus belle réussite est sans conteste la Fondation Prince Laurent. Créée en 1995, elle a le louable objectif de proposer aux plus démunis des soins vétérinaires gratuits ainsi qu’un suivi de leur animal de compagnie. Le succès a été immédiat dès le début. Douze mille animaux sont soignés chaque année dans les cinq dispensaires que compte la Fondation à Bruxelles, Anvers, Gand, Hornu et Seraing. Mis en place il y a cinq ans, le dernier projet du Prince, la mise en place, pendant l’hiver, de containers pouvant loger des sans-abri avec leur animal de compagnie les nuits de grand froid, est une initiative remarquable, car les refuges classiques n’acceptent pas les animaux. Si la Fondation a perdu une partie de ses subsides cette année, elle peut compter sur la générosité des vivants (dons) et des morts (legs). Elle a ainsi bénéficié de deux héritages importants (plusieurs millions d’euros). Ce qui n’exempte pas la Fondation d’éventuels problèmes de gestion ou, à tout le moins, d’ennuis judiciaires (lire par ailleurs).

Ses sociétés dans le rouge… foncé

Le prince Laurent est également à la tête de deux sociétés immobilières, propriétaires de la Maison des énergies renouvelables qu’il a implantée à la rue d’Arlon à Bruxelles. Ces sociétés présentent depuis plusieurs années une situation déficitaire. Les pertes cumulées des deux sociétés se montent actuellement à 3,5 millions d’euros! Et pour cause, le principal locataire de la maison s’est mis en liquidation en 2014, dénonçant le bail de 27 ans qui le liait aux sociétés du Prince et qui était en quelque sorte l’assurance-vie du montage financier princier. C’est en effet à la demande du Conseil européen des énergies renouvelables (asbl Erec) que Laurent acquiert cette demeure en 2005 aux 63-65 de la rue d’Arlon, par le biais de la société Cerbux Invest, qui emprunte pour la doter de toutes les technologies en matière d’énergie renouvelable et en faire une sorte de maison-témoin. La Maison des énergies renouvelables accueille d’ailleurs des visiteurs du monde entier. Le projet est agrandi en 2007, avec l’acquisition du 67 de la rue d’Arlon, par le biais de la société Rec Arlon 67, avec le soutien financier de la Société régionale d’investissement de Bruxelles (Srib). Las, Erec cesse ses activités en 2014 et plonge du coup le plan de remboursement des sociétés princières dans le rouge. Elles entament immédiatement une procédure judiciaire, toujours en cours, à l’encontre de leur locataire défaillant auquel elles réclament dix millions d’euros. En attendant, la situation s’aggrave d’année en année. Ce qui a obligé le prince et ses collaborateurs à chercher des solutions alternatives. Notamment en louant un maximum de locaux de la Maison, à long et même à court terme, le temps de réunion ou autres activités. Dans La Libre, Christian de Goussencourt, secrétaire-général des deux sociétés, explique que «les bâtiments sont loués à 84-85%. C’est positif», dit-il même s’il «manque encore un petit quelque chose pour arriver à rembourser la totalité des emprunts.» D’où les négociations aussi avec le prêteur, la banque KBC, qui avait accepté l’an dernier de suspendre le remboursement des intérêts et du capital. Aujourd’hui, les intérêts sont à nouveau remboursés.

Conseiller privé

Pour sauver ses sociétés, le prince Laurent a mouillé personnellement le maillot. Il a ainsi accepté de devenir conseiller privé de la présidente de l’Assemblée des régions d’Europe (AER), le Dr Hande Özsan Bozatli, qui est par ailleurs membre de l’AKP, le Parti de la justice et du développement, du président turc, Recep Erdogan. L’Assemblée des régions d’Europe, qui se présente comme le réseau des régions le plus large d’Europe, regroupant 200 régions issues de 35 pays (dont 40% hors UE), est une sorte de lobby destiné à promouvoir les régions dans leur transition énergétique. C’est à ce titre que le Prince intervient auprès de la présidente en tant que conseiller privé jusqu’à fin 2017. On nous explique officiellement que le Prince n’est pas rémunéré pour cette activité de conseil. Nous noterons seulement que l’Assemblée des Régions est… locataire de la Maison des énergies renouvelables à la rue d’Arlon.

Et la Libye?

Tout n’est pas au rouge dans les activités princières. Le frère du Roi a eu la joie il y a quelques mois d’avoir remporté une très importante bataille juridique. En juillet 2015, le tribunal civil de Bruxelles a donné définitivement raison à Global Sustainable Development Trust (GSDT), une asbl du prince Laurent aujourd’hui dissoute, et condamné la Libye (oui, l’État libyen!) à verser 38 millions d’euros à l’asbl pour rupture unilatérale de contrat (de reboisement de zones désertiques en Libye). Devant l’absence de réaction des autorités libyennes, GSDT a saisi la justice italienne afin de récupérer une somme de 45 millions d’euros auprès de l’État libyen (soit les 38 millions plus intérêts). Les dividendes des actions que la Libye possède dans des sociétés telles ENI et Finmeccanica ont déjà été saisis, ainsi qu’une partie des locaux de l’ambassade de Libye auprès du Vatican. L’avocat italien de GSDT tentait également d’obtenir la saisie d’un avion immobilisé à Perpignan qui appartenait au colonel Kadhafi. Un luxueux Airbus A-340 qui avait déjà été saisi en 2012 à la demande d’un groupe koweïtien. une saisie levée en novembre 2015. On le voit, les créanciers se pressent à la porte du nouvel État libyen. Le prince Laurent doit faire la file comme tout le monde… «Mais nous serons au premier rang le jour où les avoirs libyens gelés par les banques sur décision de l’ONU seront enfin débloqués, j’espère encore cette année!», nous explique Me Pierre Legros, l’avocat du prince Laurent et de GSDT… Toutefois, on apprnait par la suite que l’État libyen entamait une nouvelle action en justice en belgique pour contrecarrer le spremiers jugements…