Le frère du Roi a rencontré le Premier ministre sri lankais sans l’accord du gouvernement. Une énième frasque ou celle de trop ?

 

© Didier Lebrun/ Photo News

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Le prince Laurent a rencontré le Premier ministre du Sri Lanka, Ranil Wickremesinghe, sans l’autorisation du gouvernement fédéral. Ce sont les députés ex-N-VA Hendrik Vuye et Veerle Wouters qui jettent ce nouveau pavé dans la mare royale via un post sur leur blog, que La Libre a repéré. Selon les deux députés nationalistes, la rencontre, qui s’est déroulée le 17 octobre dernier, s’est faite sans que le ministre des Affaires étrangères soit consulté et donc donne son aval. Interrogé par les deux députés, Didier Reynders a confirmé qu’il ignorait tout de cette rencontre.  En principe, selon la charte qu’il a signée et qui a d’ailleurs été rédigée suite à des voyages et des rencontres non autorisés du même prince Laurent, ce dernier est tenu de signaler tous rendez-vous diplomatiques au préalable.

Un énième nouvel incident. Le dernier en date datait du 15 novembre… c’était lors de la sortie du Te Deum donné en la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule à l’occasion de la fête du Roi. Personne n’avait d’ailleurs pu manquer de remarquer la mauvaise humeur du prince. Arrivé le dernier, il a fait attendre ses parents, le roi Albert et la reine Paola, mais aussi sa sœur Astrid et son beau-frère Lorenz sur les marches du parvis de la cathédrale et lorsqu’il est sorti de voiture, il s’est dirigé tout droit sur le doyen de la cathédrale pour le saluer sans adresser un mot, un regard ou même un geste envers sa famille. Précisons qu’ils ne s’étaient pas vus avant, puisqu’Astrid avait embrassé chaleureusement ses parents à son arrivée. Le petit geste d’apaisement tenté par la reine Paola, demandant à Laurent de saluer son père, se soldera par une fin de non-recevoir. Tout comme celui de la princesse Astrid dans la foulée. Tous estomaqués par cet affront fait au roi Albert à la face du monde, chacun a rassemblé le peu d’impassible dignité qui lui restait pour affronter les marches sous le regard inquisiteur des caméras. Et, à la sortie, Laurent prendra un quidam en otage de ses paroles de mauvaise humeur pour délivrer son message aux micro-perches tendues par-dessus la foule: «Vous n’êtes pas content, Monsieur? Vous n’êtes pas le seul!» L’après-midi, la famille royale était conviée au Parlement. Sur l’habituelle photo de famille dans l’escalier de la Chambre, c’est un prince Laurent grimaçant, le regard méchant, qui pose… le plus loin possible de ses parents et comprimé dans un costume deux fois trop petit, avec une cravate de travers qui ferait passer François Hollande pour un maniaque de la rectitude. Monseigneur l’aurait fait exprès qu’il n’aurait pas fait mieux! «Il ne faut pas chercher d’explication particulière à cet état d’esprit, Laurent est Laurent. Quand il s’est levé du mauvais pied, le monde entier est contre lui», nous souffle-t-on dans l’entourage royal. «Moi, ça fait 20 ans qu’il ne m’adresse même plus la parole, alors j’ai l’habitude», nous confirme un autre. Quoi qu’il en soit, comme on le verra dans les pages suivantes, d’aucuns n’en demandaient pas tant. Sa silhouette insolite a été détourée par des petits farceurs et transformée en photobomb sur la Toile, comme celle de Nicolas Sarkozy il y a quelques mois (on a vu que cela ne lui a pas réussi dans sa course à la présidence!) En quelques heures, le prince Laurent est devenu la risée du Net.

Une impossibilité de faire semblant

Comme le veut la tradition, le couple royal régnant n’était pas présent en ce jour de la fête du Roi. Philippe avait d’ailleurs profité de cette journée pour se rendre en visite secrète en Jordanie (lire en page 12). Sa cote de confiance personnelle n’a jamais été aussi élevée auprès de la population belge que depuis qu’il est devenu Roi. Mais Philippe doit pourtant vivre avec de nouveaux résultats d’une étude de la KUL (de 2014), qui montrent un désamour de plus en plus marqué d’une partie de la population envers la monarchie actuelle. Six Flamands sur dix la rejetteraient même désormais. Ce n’est certainement pas dû au comportement du roi Philippe et de la reine Mathilde. Depuis leur montée sur le trône en juillet 2013, ils ont multiplié les rencontres, sorties et visites de terrain. Ils ont donné une grande impulsion à la communication du palais royal, la faisant entrer, avec Twitter et Facebook notamment, dans l’ère du XXIe siècle. Ils se font remarquer par leur grand professionnalisme… mais aussi leur humanité. Loin des clichés habituellement véhiculés à son égard sur son côté robot coincé, le Souverain dévoile enfin son empathie envers les gens. Ces dernières semaines, il a mené sans la Reine des activités à caractère clairement social, s’est rendu dans un home et auprès de personnes handicapées. Partout il a parlé avec les uns et les autres, et – fait nouveau devant les caméras – il les a aussi écoutés! Sans entrer dans les détails, il nous est même revenu tout récemment qu’il a appelé personnellement par téléphone une personne victime de la perte d’un enfant. Il tenait à la consoler lui-même! Cette empathie, on ne peut pas dire que les autres membres de la famille royale en aient récemment beaucoup fait preuve! En particulier le roi Albert et le prince Laurent! Contrairement à la famille royale britannique ou chez nos voisins des Pays-Bas, qui ont toujours eu pour habitude de laver le linge sale en famille et d’afficher une saine impassibilité en public et un alignement sur le chef de l’État, dans la famille royale belge on aime visiblement crier sur tous les toits quand ça ne va pas. On fait passer le message: le roi Albert, pas content de sa royale retraite de 900.000 euros par an, boude les activités officielles, et même le pays tout court, jusqu’à passer l’essentiel de son temps en Italie ou en France et brossant même l’activité la plus importante de l’année: la Fête nationale! La princesse Astrid, dont le travail est exemplaire, mais qui fond en larmes publiquement lors d’un événement au palais suite à une méchante attaque du prince Laurent par médias interposés. Dans la polémique sur les dotations princières, Astrid avait dit qu’elle pourrait s’en priver s’il le fallait. Laurent avait rétorqué qu’il n’avait pas, comme sa sœur, les moyens de s’en passer! Et ce même prince Laurent, si prompt à se fâcher contre son paternel, agit dans la même veine que lui, mais puissance dix: il dévoile carrément son état d’esprit – forcément négatif – devant les caméras! Mais rappelons aussi son soutien public à Delphine Boël dans son procès en reconnaissance de paternité d’Albert II et la gifle qu’il a laissée en travers des joues du personnel du palais royal en déclarant que son compte Twitter était le seul agenda officiel, snobant celui du palais. Alors, certes, ce dernier était sans doute sous-alimenté à son égard. Mais a-t-il le besoin de le faire savoir publiquement? Il prend aussi toujours ce malin plaisir à se vêtir de manière curieuse. Un chapeau trop petit, Laurent aurait-il pris le melon? Et des vêtements systématiquement deux tailles en dessous! La volonté de jouer au clown ou au bouffon du Roi? Beaucoup toutefois ne rient plus. Par son attitude de trublion et un côté Caliméro, Laurent a jusqu’à présent su se gagner les sympathies d’un public plus populaire, anticonformiste et antisystème, mais ici, par cet affront public à ses parents, à sa famille, il aura choqué plus d’une groupie. Quant à la princesse Claire, que fait-elle? Plus rien en tout cas en matière de représentations officielles. Elle apparaît au côté du prince et souvent de leurs enfants lors de visites semi-privées d’usines ou d’associations. Mais elle n’a plus montré le bout du nez à un événement royal depuis des mois. Laurent avait d’ailleurs lâché en public qu’il n’avait plus les moyens de lui payer le coiffeur!

Notre commentaire

Cette attitude ne nous paraît pas très adroite. Cette volonté de faire à sa guise envers et contre tous les avis officiels, cette impossibilité de faire semblant peuvent être des qualités dans certains cas, mais elles peuvent aussi s’avérer désastreuses pour l’image d’une famille dont le principe de règne automatique ne va plus de soi au sein de la population.

Agir comme l’a fait le prince Laurent le jour de sortie d’un sondage inquiétant pour l’avenir de la monarchie en Belgique: pour flinguer le fond de commerce, il n’y a pas mieux! Les événements qui rassemblent chaque année les membres de la famille royale se comptent sur les doigts de la main d’un menuisier maladroit. Pendant ces activités lors desquelles nos royaux sont confrontés à peine une poignée de minutes à la presse, ils démontrent qu’ils sont incapables de faire front dignement et preuve d’unité derrière le chef de famille, le Roi. Quel manque de professionnalisme, mais aussi quel manque évident de bon sens! Pour offrir des armes aux opposants de la monarchie, dont, rappelons-le, certains occupent actuellement des postes-clés au gouvernement fédéral, il n’y a pas mieux! La solution, c’est Philippe qui la détient. En tant que chef du clan, il lui appartient de faire rentrer les fortes têtes dans le rang ou de les exclure de la classe! S’il ne le fait pas, un jour ce sera le gouvernement qui le fera. Avec le risque de mesures plus radicales. Laurent a-t-il déjà oublié que c’est à cause de lui et de ses voyages non autorisés dans des pays diplomatiquement sensibles que l’octroi d’une dotation princière a été conditionné à une charte de bonne conduite? Rappelons que le fils cadet d’Albert II reçoit une dotation de plus de 300.000 euros par an! Si elle ne lui suffit pas pour nourrir sa famille, que doit alors faire l’immense majorité des Belges pour vivre? Et ce n’est pas la quinzaine d’activités mensuelles qu’il déclare sur son propre compte Twitter, seul agenda officiel à ce qu’il paraît, qui doit l’épuiser physiquement. En fait, si les modalités de la dotation ne lui conviennent plus, ce qu’on peut bien sûr comprendre pour quelqu’un habitué à vivre en dehors de tout carcan, mais libre à lui de vivre sa vie et de devenir milliardaire en dollars comme il l’a toujours rêvé, mais sans que ce soit aux frais du contribuable alors! Non vraiment, Laurent, pour l’instant, la monarchie ne lui dit pas merci!