Mathilde à l’ONU : le discours

Voici le discours prononcé par la Reine au siège des Nations Unies à New York lors d’un ” débat thématique de haut niveau ” sur  les Droits de l’Homme au cœur de l’agenda mondial : 

Credit photo Palais Royal

Credit photo Palais Royal

“Monsieur le Président,

Monsieur le Secrétaire Général,

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

Lors d’une visite à un centre de santé communautaire en Ethiopie,  j’ai rencontré  un petit garçon de six ans, qui en paraissait deux. L’enfant  était apathique. Il avait le regard vide. Selon le médecin, il subissait des années plus tard  les séquelles d’une malnutrition subie à un très jeune âge. Il  serait difficile de remédier à son retard de développement, tant physique que mental.

J’ai ressenti comme fondamentalement injuste que les chances de cet enfant soient aussi profondément affectées.

De tels handicaps peuvent hypothéquer la croissance d’une société tout entière. Le droit au développement a été consigné par  l’Organisation des Nations Unies dans une Déclaration solennelle, il y a trente ans, mais, plus récemment la communauté internationale est aussi parvenue à placer les droits de l’homme au centre du débat mondial sur la paix, la sécurité et le développement.

Aujourd’hui, dix mois après l’adoption des Objectifs de Développement Durable, cette Assemblée générale est engagée dans une réflexion particulièrement bienvenue et opportune sur l’impact des droits humains sur les objectifs de développement, et inversement.

En souscrivant à ces engagements, la communauté internationale a formulé une vision partagée d’un monde juste, pacifique et stable: un monde où le rôle central d’institutions efficaces et inclusives se trouve reconnu, et où sont promus l’état de droit, l’accès à la justice et les droits de l’homme. Le lien intrinsèque entre la poursuite des objectifs de développement durable et la promotion des droits humains se trouve donc clairement articulé.

Mais le chemin vers cette paix durable, vers cette justice, vers ce bien-être est encore long et sera ardu.

C’est pourquoi le dialogue  d’aujourd’hui et des jours à venir aurait tout son sens s’il parvenait à expliciter et à étayer encore davantage ce constat et cette ambition.

Deux dynamiques – développement et droits humains – se légitiment et se renforcent mutuellement. Toutes deux sont nécessaires, l’une facilitant la réalisation de l’autre.

J’ose espérer que les efforts seront poursuivis pour aboutir à une intégration harmonieuse de tous les leviers de développement, que ce soient les outils et instruments institutionnels, économiques ou juridiques, actionnés par nombre de stakeholders tels les autorités, la société civile, les entreprises, le monde académique et culturel.

J’ai reçu il y a quelques semaines,  d’une petite fille un dessin qu’elle m’avait adressé  à l’occasion des Journées européennes du développement.  Sur ce dessin, quelques mots éloquents et pleins de sens et je cite : “pas de futur sans culture”.

La culture est en effet un levier de développement. Il n’est certes pas le seul, mais l’importance de ce levier culturel est prépondérante.

Sans tenter  d’ épuiser tous les aspects et conséquences de la complémentarité des actions à mener en faveur du développement et des droits de l’homme, je voudrais souligner trois principes, qui ne manqueront pas de nous inspirer.

Tout d’abord, la lutte  contre la discrimination et contre les inégalités doit se poursuivre. Hier, j’ai participé  à un débat sur la réhabilitation et la réintégration des enfants affectés par les conflits armés. Une fois de plus, on y a clairement condamné toute pratique discriminatoire. Par ailleurs, nous devons poursuivre les efforts pour garantir aux filles et aux femmes leur droit à la formation et à l’éducation. Je salue les propositions que le Président du Conseil des Droits de l’Homme a formulées récemment à cet effet. Elles répondent au souci largement partagé de veiller à ce que personne ne soit laissé pour compte, that nobody should be left behind.

Ensuite, la stricte observance  des droits de l’homme et des libertés fondamentales présuppose, tout comme les autres objectifs de développement, un fonctionnement correct des institutions et une bonne gouvernance.

Enfin, tous ces objectifs seront d’autant plus réalistes et réalisables qu’ils seront poursuivis  en symbiose entre les nombreux acteurs concernés. De nombreuses dynamiques éclosent, au sein des gouvernements bien sûr, mais également de la société civile, des milieux académiques, des organisations non-gouvernementales, des médias, du monde culturel. C’est très encourageant. Il faut y ajouter  le  secteur privé, moteur de la croissance économique mais aussi responsable de la protection des droits de l’homme. Un climat propice aux  investissements, soutenu par un état de droit crédible, constitue un stimulant important du développement.  Les initiatives doivent se multiplier visant l’incorporation, dans la gestion des entreprises, des objectifs de développement durable et d’une véritable culture de respect et de promotion des droits de l’homme. Réunissant entre autres des entreprises, les agences des Nations Unies, la société civile, le UN Global Compact favorise, sous votre présidence, Monsieur le Secrétaire général, ce bel élan.

Monsieur le président, Monsieur le Secrétaire général, Excellences, Mesdames et Messieurs,

Nous vivons en ce moment une  dynamique  importante. Notre monde est confronté à des turbulences mais il connaît également des développements positifs. La prise de conscience grandissante du changement climatique, de la dimension inclusive de notre développement et de la dignité de toute personne humaine génère des engagements nouveaux ainsi que des marques de confiance dans notre avenir. Je suis persuadée que les Nations Unies, fortes de 70 ans d’expérience et d’une ambition juvénile, relèveront ces grands défis avec une détermination renouvelée.

Je suis heureuse, en ma qualité de défenseur des Objectifs de Développement, de pouvoir partager , avec vous, cet élan et de pouvoir contribuer à … sa durabilité.

Je vous remercie.”

Le Roi: “Engageons-nous pour un monde meilleur!”

Deux mois après les attentats du 22 mars, le Roi et la Reine ont reçu au palais royal les victimes, les familles des victimes et les héros des service des secours. Philippe a livré pour l’occasion un message émouvant et fort.

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Au lendemain des attentats du 22 mars, le Roi et la Reine n’ont pas ménagé leur peine pour se rendre sur les lieux des deux drames, l’aéroport de Zaventem comme la station de métro de Maelbeek. Ils ont aussi rencontré blessés, familles, ainsi que les membres des services de police et de secours. Deux mois plus tard, ils ont tenu à accueillir au palais royal, qui est redevenu le symbole de la monarchie belge, et le vrai bureau du souverain, toutes ces personnes pour un hommage officiel de la Nation et la notion du “Tous ensemble”, symbolisée d’ailleurs par la présence d’une famille royale au grand complet, même le roi Albert et la reine Paola étaient présents. C’est dans la salle du trône que plusieurs centaines de personnes ont pris place pour entendre cet hommage ponctué de chansons (“Imagine” de John Lennon) et de discours des autorités, mais aussi, très émouvants, de proches des disparus. L’un des plus attendus était sans doute le discours du Souverain. Le voici en son intégralité:

“Mesdames et Messieurs,

Il y a deux mois, trente-deux personnes, belges et étrangers, vivant ou travaillant ici, ont perdu la vie parce qu’elles se trouvaient tragiquement au mauvais moment au mauvais endroit. Leurs noms, leurs visages, leurs témoignages de vie nous ont tous profondément touchés. Ils resteront à jamais des parents, des frères et des sœurs, des amis, unis à nous, proches de nous.

Certains d’entre vous ont été blessés, marqués dans votre corps et dans votre esprit, par les crimes perpétrés ce 22 mars. Et vous, membres des services d’intervention, de sécurité et de santé, vous les bénévoles, vous qui avez donné sans compter pour sauver et aider, vous aussi êtes marqués par ce que vous avez vécu.

La Reine et moi avons déjà pu rencontrer beaucoup d’entre vous tous ici présents. Nous avons été émus par vos témoignages et par les récits de vos actions. Si nous sommes ici au Palais, c’est pour vous exprimer le soutien et la reconnaissance de tout le peuple belge.

Guidés par le mal, les terroristes qui nous ont frappés ont voulu tuer, mutiler et faire souffrir. Par la souffrance directe qu’ils infligent, les terroristes cherchent en outre à faire peur et à diviser. Ils cherchent à détruire notre société, en la touchant en plein cœur, dans ce qui nous relie les uns aux autres.

Mesdames et Messieurs,

En me rendant à la station de Maelbeek le mois passé, j’ai été impressionné par les messages laissés par des voyageurs et des passants sur les tableaux commémoratifs. On peut notamment y lire ceci : ‘Je n’ai plus de mots, mais il me reste des pensées : je crois en Nous pour un monde meilleur’. Ou encore : ‘Ce matin j’ai vécu l’horreur, l’innommable. J’ai aussi vécu et vu la solidarité, la vie dans les regards des personnes les plus touchées. J’ai été témoin de fraternité’. Et puis ces trois phrases toutes simples mais tellement fortes : ‘Le cœur de l’humanité bat ici’, ‘Tous ensemble pour que la vie continue’ et ‘L’amour est plus fort que tout’.

Ce que démontrent ces messages, tout comme ceux exprimés avec un infini courage par de nombreux d’entre vous, c’est une grande dignité dans l’épreuve. Ils ne s’arrêtent pas à la haine et la vengeance. Ni à un appel à vivre de façon effrénée et égoïste sans penser au lendemain. Au contraire, ces messages sont l’expression du désir d’un monde meilleur, d’une foi en l’homme malgré l’horreur, d’une unité possible, et parfois même d’une promesse : nous construirons un monde meilleur. Pour eux – les victimes et leurs familles. Pour nous tous.

Nous avons montré que notre société était forte. Forte de votre courage, de vos valeurs, de votre dignité. Forte de ses liens qui se sont raffermis autour de vous en ces jours noirs. Vous n’avez pas cédé, pas plus que l’ensemble de notre société. Au contraire, la réponse de vos cœurs meurtris est pleine d’amour et de générosité. Et la réponse de notre société indignée a été responsable et solidaire. Elle est fondée sur un socle solide. Plutôt que de se laisser désarçonner, nous avons répondu par un appel à l’unité : ‘ Tous ensemble’, proclame le tableau de Maelbeek. Votre réaction et votre attitude, et celles de toute la population, montrent que notre pays peut compter sur des ressources inestimables. C’est sur elles que nous pouvons construire l’avenir.

Les événements nous demandent de prendre du recul. Dans des moments dramatiques comme ceux que nous avons vécus, le côté humain de la gestion de crise est crucial. Ayons à cet égard une attention toute particulière pour l’accompagnement des familles touchées. Par ailleurs, même si la sécurité absolue n’existe pas, poursuivons nos efforts pour diminuer au maximum les risques. Continuons aussi à jeter de nouveaux ponts entre nous et à construire une société solidaire et ouverte. Il y a évidemment bien d’autres chantiers. Abordons-les lucidement et sereinement sans céder à l’autocritique stérile ni à la morosité.

Mais une autre façon de répondre à ce qui s’est passé, n’est-ce pas, pour nous tous, de se tourner vers notre cœur profond, chacun d’entre nous, et de nous demander : en quoi cela me concerne-t-il ? Que puis-je faire, moi, pour rendre notre monde plus sûr, plus ouvert, plus humain ? La réponse est claire : oui j’ai une responsabilité dans notre vivre ensemble, oui je peux adopter un regard et une attitude valorisante, oui je peux agir pour raffermir les liens dans mon entourage. L’héroïsme discret et authentique que beaucoup d’entre vous ont démontré en ces circonstances exceptionnelles, en est un exemple.

Mesdames et Messieurs,

L’épreuve qui nous a touchée doit nous faire réagir.  Prenons conscience de nos forces, corrigeons nos faiblesses et engageons-nous, chacun selon ses responsabilités, et tous ensemble, pour un monde meilleur.”