Le plus vieux monarque du monde est décédé

Le roi de Thaïlande Bhumibol Adulyadej est mort jeudi à l’âge de 88 ans, après 70 ans de règne

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Le roi de Thaïlande Bhumibol Adulyadej est décédé jeudi, après 70 ans d’un règne ayant fait de lui le plus vieux monarque en exercice, plongeant la Thaïlande dans une ère de grande incertitude en raison de son statut de père de la Nation. «Il est mort paisiblement à l’hôpital Siriraj», a annoncé un communiqué du palais royal. Âgé de 88 ans, le roi était considéré comme le seul ciment d’une nation très divisée politiquement.

Il était monté sur le trône en 1946, après la mort inexpliquée de son frère et beaucoup de Thaïlandais n’ont jamais connu d’autres souverains. Bhumibol Adulyadej, hospitalisé depuis deux années, quasiment en continu, notamment pour des infections pulmonaires et de l’hydrocéphalie, n’était pas apparu en public depuis près d’un an. Son fils, le prince Maha Vajiralongkorn, âgé de 64 ans, doit lui succéder sur le trône. Le prince, de formation militaire, notamment à l’Académie de Duntroon, en Australie, a un grade honorifique de général au sein de l’armée. Ces dernières années, il a souvent remplacé son père lors de cérémonies officielles mais ses prises de parole restent rarissimes.

Mathilde à l’ONU : le discours

Voici le discours prononcé par la Reine au siège des Nations Unies à New York lors d’un ” débat thématique de haut niveau ” sur  les Droits de l’Homme au cœur de l’agenda mondial : 

Credit photo Palais Royal

Credit photo Palais Royal

“Monsieur le Président,

Monsieur le Secrétaire Général,

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

Lors d’une visite à un centre de santé communautaire en Ethiopie,  j’ai rencontré  un petit garçon de six ans, qui en paraissait deux. L’enfant  était apathique. Il avait le regard vide. Selon le médecin, il subissait des années plus tard  les séquelles d’une malnutrition subie à un très jeune âge. Il  serait difficile de remédier à son retard de développement, tant physique que mental.

J’ai ressenti comme fondamentalement injuste que les chances de cet enfant soient aussi profondément affectées.

De tels handicaps peuvent hypothéquer la croissance d’une société tout entière. Le droit au développement a été consigné par  l’Organisation des Nations Unies dans une Déclaration solennelle, il y a trente ans, mais, plus récemment la communauté internationale est aussi parvenue à placer les droits de l’homme au centre du débat mondial sur la paix, la sécurité et le développement.

Aujourd’hui, dix mois après l’adoption des Objectifs de Développement Durable, cette Assemblée générale est engagée dans une réflexion particulièrement bienvenue et opportune sur l’impact des droits humains sur les objectifs de développement, et inversement.

En souscrivant à ces engagements, la communauté internationale a formulé une vision partagée d’un monde juste, pacifique et stable: un monde où le rôle central d’institutions efficaces et inclusives se trouve reconnu, et où sont promus l’état de droit, l’accès à la justice et les droits de l’homme. Le lien intrinsèque entre la poursuite des objectifs de développement durable et la promotion des droits humains se trouve donc clairement articulé.

Mais le chemin vers cette paix durable, vers cette justice, vers ce bien-être est encore long et sera ardu.

C’est pourquoi le dialogue  d’aujourd’hui et des jours à venir aurait tout son sens s’il parvenait à expliciter et à étayer encore davantage ce constat et cette ambition.

Deux dynamiques – développement et droits humains – se légitiment et se renforcent mutuellement. Toutes deux sont nécessaires, l’une facilitant la réalisation de l’autre.

J’ose espérer que les efforts seront poursuivis pour aboutir à une intégration harmonieuse de tous les leviers de développement, que ce soient les outils et instruments institutionnels, économiques ou juridiques, actionnés par nombre de stakeholders tels les autorités, la société civile, les entreprises, le monde académique et culturel.

J’ai reçu il y a quelques semaines,  d’une petite fille un dessin qu’elle m’avait adressé  à l’occasion des Journées européennes du développement.  Sur ce dessin, quelques mots éloquents et pleins de sens et je cite : “pas de futur sans culture”.

La culture est en effet un levier de développement. Il n’est certes pas le seul, mais l’importance de ce levier culturel est prépondérante.

Sans tenter  d’ épuiser tous les aspects et conséquences de la complémentarité des actions à mener en faveur du développement et des droits de l’homme, je voudrais souligner trois principes, qui ne manqueront pas de nous inspirer.

Tout d’abord, la lutte  contre la discrimination et contre les inégalités doit se poursuivre. Hier, j’ai participé  à un débat sur la réhabilitation et la réintégration des enfants affectés par les conflits armés. Une fois de plus, on y a clairement condamné toute pratique discriminatoire. Par ailleurs, nous devons poursuivre les efforts pour garantir aux filles et aux femmes leur droit à la formation et à l’éducation. Je salue les propositions que le Président du Conseil des Droits de l’Homme a formulées récemment à cet effet. Elles répondent au souci largement partagé de veiller à ce que personne ne soit laissé pour compte, that nobody should be left behind.

Ensuite, la stricte observance  des droits de l’homme et des libertés fondamentales présuppose, tout comme les autres objectifs de développement, un fonctionnement correct des institutions et une bonne gouvernance.

Enfin, tous ces objectifs seront d’autant plus réalistes et réalisables qu’ils seront poursuivis  en symbiose entre les nombreux acteurs concernés. De nombreuses dynamiques éclosent, au sein des gouvernements bien sûr, mais également de la société civile, des milieux académiques, des organisations non-gouvernementales, des médias, du monde culturel. C’est très encourageant. Il faut y ajouter  le  secteur privé, moteur de la croissance économique mais aussi responsable de la protection des droits de l’homme. Un climat propice aux  investissements, soutenu par un état de droit crédible, constitue un stimulant important du développement.  Les initiatives doivent se multiplier visant l’incorporation, dans la gestion des entreprises, des objectifs de développement durable et d’une véritable culture de respect et de promotion des droits de l’homme. Réunissant entre autres des entreprises, les agences des Nations Unies, la société civile, le UN Global Compact favorise, sous votre présidence, Monsieur le Secrétaire général, ce bel élan.

Monsieur le président, Monsieur le Secrétaire général, Excellences, Mesdames et Messieurs,

Nous vivons en ce moment une  dynamique  importante. Notre monde est confronté à des turbulences mais il connaît également des développements positifs. La prise de conscience grandissante du changement climatique, de la dimension inclusive de notre développement et de la dignité de toute personne humaine génère des engagements nouveaux ainsi que des marques de confiance dans notre avenir. Je suis persuadée que les Nations Unies, fortes de 70 ans d’expérience et d’une ambition juvénile, relèveront ces grands défis avec une détermination renouvelée.

Je suis heureuse, en ma qualité de défenseur des Objectifs de Développement, de pouvoir partager , avec vous, cet élan et de pouvoir contribuer à … sa durabilité.

Je vous remercie.”