Philippe et Mathilde, souverains de demain

Un couple moderne, mais respectueux de la tradition, s’apprête à prendre la relève.

Philippe très bientôt septième roi des Belges ? La rumeur a fait grand bruit, d’autant plus qu’elle était signée d’un éditorialiste reconnu en Flandre pour son sérieux et sa mesure. Luc Vanderkeelen, journaliste du quotidien le plus vendu du pays, “Het Laatste Nieuws”, a ainsi révélé les plans d’avenir du Roi : si tout était bien allé dans le meilleur des royaumes, Albert II se serait retiré en décembre 2010 pour laisser le trône de Belgique à son fils aîné, le prince Philippe. On aurait imaginé pour cela un pays en bonne gouvernance avec un calumet de la paix communautaire fonctionnant à plein tirage. De panache, cette abdication n’en aurait pas manqué au terme de six mois de prestigieuse présidence belge de l’Union européenne. Mais cela n’aura été qu’un écran de fumée. Ce scénario aussi beau qu’un conte de fées ne se produira pas, sinon avant de nombreux mois. Le retrait prématuré des libéraux flamands du gouvernement fédéral, en avril, a conduit aux élections anticipées, à la victoire éclatante de la N-VA et au chaos politique actuel. Le plan royal, s’il en était, ne s’est donc pas appliqué et ne le sera pas de sitôt, du moins pas tant que le pays ne sera pas stabilisé politiquement.

Des rumeurs, mais rien d’officiel

Notre confrère néerlandophone situe sa source dans les cercles libéraux francophones, même si les ténors du MR comme des autres formations politiques démentent, vigoureusement comme il se doit, cette information dès sa publication. Le fait est que, dans les coulisses médiatico-politiques, ce projet d’abdication royale à plus ou moins long terme circule depuis longtemps. La nouveauté réside cette fois en la divulgation d’un calendrier précis… « L’annonce de cette abdication, c’est comme le monstre du Loch Ness qui remonte de temps en temps à la surface », sourit le libéral flamand Herman De Croo. « Or, il n’est pas dans les habitudes des maisons royales d’abdiquer. Et puis, rendons hommage à Albert II qui fait son travail de manière admirable. S’il devait un jour lui arriver malheur, le prince Philippe est tout à fait capable de reprendre la main. Il est on ne peut plus prêt et bien entouré, mais pourquoi vouloir précipiter les choses ? Il a 50 ans, c’est vrai. Il entre dans le club des princes héritiers de longue durée, comme Charles en Angleterre ou Willem-Alexander aux Pays-Bas. Mais c’est comme ça ! Il connaît la musique… » L’ancien président de la Chambre et proche du Souverain ne croit guère à ce projet. « Le Roi aurait abdiqué en décembre, alors qu’on allait aux élections en juin 2011, voire avant car un CD&V au pouvoir aurait été tenté

de dissoudre les chambres plus tôt après la réussite de la présidence européenne ? Cela paraît peu vraisemblable. »

“Dans un moment de lassitude”

Et pourtant la rumeur bruit, même si dans l’entourage royal, on dément aussi avoir eu vent de cette information. « Pour ma part, je n’ai jamais, mais alors jamais eu pareille confidence de la part du Souverain. Peut-être l’un de nos hommes politiques a-t-il rencontré le Roi dans un moment de lassitude extrême, ce qui expliquerait ce projet, mais je peux vous assurer qu’Albert II est parfaitement conscient de l’importance de sa tâche, est profondément attaché à ce pays et à son avenir, et n’a pas l’intention de le laisser tomber en un moment aussi sensible », nous confie ce proche du Souverain. Et pourtant, plus personne ne serait étonné qu’une fois la situation politique stabilisée et la réforme de l’État coulée dans un nouveau bloc d’airain assurant la longévité de la monarchie pour quelques décennies, Albert II choisisse de se retirer.

Les pour et les contre

Les arguments pour une abdication :

1. Albert II est le Souverain le plus âgé de l’histoire de Belgique.

2. Au décès du roi Baudouin, il était considéré comme un roi de transition, même si on s’est éloigné de cette notion depuis lors.

3. Il pourrait prendre exemple sur le Luxembourg ou son beau-frère Jean a abdiqué, à l’âge de 80 ans, au profit de son fils Henri.

Les arguments contre l’abdication :

1. La population et le monde politique sont ravis du règne d’Albert II. Le Roi se montre disponible, souple et très populaire.

2. Si l’on excepte l’usure inévitable, les petits bobos dûs à l’âge et des problèmes cardiaques très surveillés, il est considéré comme en bonne santé physique et mentale.

3. La population comme le monde politique manquent encore de confiance envers le prince Philippe, même si celui-ci n’a pas ménagé sa peine ces derniers temps pour faire bonne impression. Mais c’est le lot de tous les princes héritiers que d’avoir mauvaise presse…

Quel roi sera Philippe 1er ?

Alors, justement, quel roi sera-t-il, ce Philippe 1er ? D’aucuns l’ont déjà condamné d’avance : trop effacé sinon bête et maladroit pour ses pires opposants, trop catholique pour les laïcs (et Mathilde ne semble pas en reste comme on le lira par ailleurs), trop francophone pour les flamingants, d’aucuns lui décèlent en outre des velléités d’exercer sa charge comme son oncle Baudouin ou son grand-père Léopold III, c’est-à-dire en interventionniste, bref tout le contraire d’Albert II ! « Philippe a une vision et veut l’imposer », soufflait un ténor politique à l’occasion des 50 ans du prince héritier. Et de citer les sempiternelles “gaffes” du Prince, comme son opposition publique au Vlaams Belang, la signature d’un document engagé de la FEB et cette altercation avec deux journalistes flamands en pleine réception au Palais royal… Cette trop haute conception de son rôle inciterait donc le monde politique tant au nord qu’au sud du pays à réformer la fonction royale avant qu’il ne puisse monter sur le trône. Et voilà le prince Philippe jugé sans autre forme de procès. Pourtant ne dit-on pas que la fonction fait l’homme…

Une chose est sûre, le bouillonnant jeune prince qu’il était autrefois s’est assagi, le port de la barbe lui a donné une contenance, le poids des ans une certaine assurance. Il fait désormais preuve de davantage d’humour et d’à-propos. Et puis, il résiste aussi aux pires critiques et aux insultes par un stoïcisme digne de la statuaire grecque. S’il n’est pas encore roi des Belges, il en a désormais la cuirasse.

Philippe Ier intronisé après la crise

Le scénario de l’abdication d’Albert II n’est plus un tabou. Le Palais prépare activement la transition.

˜Nous pouvons aujourd’hui l’écrire avec certitude: Philippe Ier montera sur le trône peu après la résolution de la crise politique. Il ne se trouvera personne pour confirmer publiquement cette information. D’autant plus maintenant, en cette période d’imbroglio communautaire en apparence inextricable. Pourtant, lorsqu’un accord politique surviendra, qu’un nouveau gouvernement sera en place, qu’une réforme profonde des institutions aura été entreprise et, bref, que la hache de guerre sera bien enterrée pour quelque temps entre Flamands et francophones – «soit pas avant 2012, voire 2014 ou… jamais», ironise-t-on dans les milieux politiques francophones–, il nous revient, à bonne source proche du Palais, qu’Albert II a prévu de se retirer au profit de son fils.

La suite >