Voici, dans son intégralité, l’ultime discours de Fête nationale d’Albert II en tant que Roi régnant. Un discours très sobre, mais aussi optimiste dans lequel il rend hommage à la classe politique et encourage les Belges à entourer le roi Philippe et la reine Mathilde de leur collaboration active et de leur soutien. 

© Photo News

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Mesdames et Messieurs,

Il y a près de 20 ans, mon frère le Roi Baudouin nous quittait et je
lui ai succédé. Je voudrais encore saluer sa mémoire. Il a su allier
un grand sens de l’Etat et du devoir, avec une réelle bonté, une
grande simplicité, et un souci pour les plus faibles de notre société.

Aujourd’hui, c’est avec émotion que je m’adresse une dernière fois
à vous comme Roi. Pendant 20 ans et ces jours-ci encore vous m’avez,
par vos témoignages d’attachement, encouragé dans la tâche qui
était la mienne. Je vous en remercie chaleureusement.

Je voudrais aussi dire ma gratitude à différents groupes de
responsables de notre société. Durant mon règne j’ai apprécié la
compétence, le dévouement et le sens du compromis constructif, de très
nombreux hommes et femmes politiques. Si notre pays n’est pas toujours
facile à gouverner, son pluralisme constitue une richesse démocratique
précieuse. J’ai rencontré des responsables politiques qui ont fait
preuve d’un remarquable sens de l’intérêt général dans des
circonstances difficiles. J’en veux pour preuves toutes récentes les accords
budgétaires pour 2013 et 2014, le compromis trouvé sur le statut
ouvriers-employés et les solutions dégagées pour l’approvisionnement de
notre pays en électricité. Avec ces accords récents, et ceux réalisés
précédemment sur la réforme de l’Etat et sur le plan économique et
social, la Belgique a trouvé un souffle nouveau tant sur le plan
intérieur qu’européen. Ceci nous permet d’envisager l’avenir avec confiance.

Je rends également hommage à l’ensemble de la fonction publique. Je
pense particulièrement à tous les militaires qui ont servi ou qui
servent encore en opérations de paix à travers le monde.

Par ailleurs, nous avons pu côtoyer de nombreux dirigeants
économiques et des partenaires sociaux qui ont fait preuve de dynamisme dans
un monde toujours plus globalisé, et qui se sont efforcés
d’encourager et de préserver la dimension sociale de notre développement
économique. Ils viennent encore d’en fournir un bel exemple. En période
de crise c’est souvent plus difficile à réaliser, mais cela demeure essentiel.

La Reine et moi avons été charmés aussi par nos contacts avec le
monde culturel qui témoigne d’une étonnante créativité due au fait que
notre pays se situe aux confins de plusieurs grandes cultures.
Enfin, la vitalité et la générosité du monde associatif constituent un
grand atout pour la Belgique. Notre pays compte également de nombreux
talents dont nous pouvons être fiers.

Vous me demanderez peut être, au moment où je quitte ma fonction,
quels sont mes souhaits pour l’avenir. J’en ai beaucoup mais j’en
exprimerai surtout quatre.
1. Premièrement, que la Belgique garde sa cohésion. Elle s’est
transformée depuis une quarantaine d’années, de façon pacifique et
démocratique, d’un Etat unitaire en un Etat fédéral où les entités
jouissent d’une très large autonomie. Et avec la mise en ½uvre de la 6ème
réforme de l’Etat, cette autonomie va se renforcer considérablement.
Je profite de cette occasion pour saluer l’énorme travail réalisé
ces derniers mois par le gouvernement et ses collaborateurs.
Dans un monde qui change rapidement, il est important que chaque
responsabilité publique soit exercée au niveau qui est le plus
équitable et le plus efficace. De même, je suis convaincu que le maintien
de la cohésion de notre Etat fédéral est vital, non seulement pour la
qualité de notre vie ensemble, qui nécessite le dialogue, mais
aussi pour la préservation de notre bien-être à tous.
2. Deuxièmement. Continuons à croire fermement dans l’Europe. Dans
notre monde, cette construction européenne est plus que jamais
nécessaire. Dans beaucoup de domaines les défis ne peuvent être
rencontrés qu’au niveau européen, et c’est à ce niveau qu’un certain nombre
de valeurs peuvent être le mieux défendues. Je pense à la richesse de
la diversité, au pluralisme démocratique, à la tolérance, à la
solidarité, et à la protection des plus faibles. Mais il est essentiel
que le projet européen soit plus qu’un projet budgétaire, qu’il mette
également l’accent sur la croissance durable, sur l’emploi, sur les
perspectives d’avenir pour les jeunes, sur la justice sociale, et
sur la culture.
Notre pays lui-même, doit être un moteur d’une construction
européenne où la dimension humaine et démocratique est centrale. Notre
pragmatisme, notre sens de l’équilibre, et notre ouverture à l’autre,
sont des qualités précieuses pour atteindre ces objectifs. Et de plus,
nous avons la chance que les principales institutions européennes
soient situées au c½ur de notre pays.
3. Enfin, troisièmement, même en période de crise en Europe,
restons ouverts aux pays en développement. Pour nous Belges, soyons
attentifs à l’Afrique Centrale avec laquelle nous avons tissé tant de
liens, et qui traverse aujourd’hui tellement d’épreuves.
4. Je terminerai par un souhait qui m’est très cher comme Roi et
comme père : entourez le futur Roi Philippe, et la future Reine
Mathilde, de votre collaboration active et de votre soutien. Ils forment
un excellent couple au service de notre pays et ils jouissent de
toute ma confiance.

Quant à la Reine et moi, nous continuerons, dans la discrétion
cette fois, à nous intéresser à ce qui se passe dans notre pays que nous
aimons tant.

Meine Damen und Herren
Ich möchte mit einem Wunsch enden, der mir als König und als Vater sehr
am herzen liegt: arbeiten Sie aktiv mit dem künftigen König Philipp
und der künftigen Königin Mathilde zusammen.”