La Fondation d’utilité publique Astrida a été créée à la mort du roi Baudouin pour venir en aide à ses neveux. Son but véritable: leur transmettre le domaine d’Opgrimbie, la maison de campagne de Baudouin et Fabiola dans le Limbourg,  sans droits de succession.

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La villa royale se niche au coeur d’un parc de 130 hectares. © AERIAL FOCUS

“Domaine royal. Accès interdit.” La pancarte, à la peinture écaillée, délivre son message péremptoire en néerlandais. Si cette affichette est antique, le système de sécurité l’est beaucoup moins. Car le portail originel de la propriété, conçu dans le plus pur style alpin vieillot-kitsch, est précédé depuis peu d’une imposante et solide barrière de métal, elle-même encadrée d’un système de télésurveillance à la pointe, alors que le nouveau chemin brille encore du goudron le plus rutilant. Et sur la maison du cerbère de la porte, une curieuse chaumine inoccupée pour l’heure, le logo de la police fédérale est tout ce qu’il y a de plus actuel. Nous nous trouvons devant l’entrée du domaine royal d’Opgrimbie, entité dépendant de la commune de Maasmechelen, au fin fond de la province du Limbourg, à deux pas de la frontière hollandaise. Enclave dans le Parc national de Haute-Campine, cet immense domaine boisé de près de 160 hectares abrite en son cœur la villa Fridhem, le chalet où pendant leurs 42 ans de règne, le roi Baudouin et la reine Fabiola ont passé nombre de leurs week-ends, bien à l’abri, dans leur forêt privée, des regards indiscrets. Ce domaine, propriété privée de Baudouin et Fabiola, est complètement oublié aujourd’hui de la population, mais, comme on va le voir, il est fréquenté par la nouvelle génération de la famille royale…

La villa a été rénovée et le prince Philippe la fréquente

Peu avant sa mort, en 1993, le roi Baudouin avait confié par testament son désir de créer une fondation d’utilité publique, la Fondation Astrida, destinée à venir en aide à ses neveux et aux neveux de la reine Fabiola, ainsi qu’à leurs descendants de génération en génération, mais aussi dans les limites de son budget annuel (dixit ses statuts) à apporter une aide similaire à des personnes nécessiteuses. Pour financer cette fondation créée en 1993 et pleinement opérationnelle en 1994, le cinquième roi des Belges lui léguait le domaine d’Opgrimbie, dont il décidait de retrancher 25 hectares pour les offrir aux sœurs de la famille de Bethléem, de l’Assomption de la Vierge et de Saint Bruno, un ordre contemplatif et monastique. Des sœurs qui y ont aussitôt fait construire un cloître qui, depuis 20 ans n’en finit pas de défrayer la chronique (lire par ailleurs). Restent au domaine royal quelque 132 hectares de bois, un lac privé et une série de bâtiments dont le chalet royal. Le Roi y adjoint une somme de dix millions de FB représentant plus à l’époque que leur conversion actuelle en euros (250.000 euros). En 2011, la Fondation Astrida dispose d’un capital établi à 1.492.893 euros, réparti en biens mobiliers et immobiliers. Seuls les intérêts de ce capital peuvent être utilisés par la fondation pour ses buts, à savoir aider les bénéficiaires susnommés sur les plans religieux, scientifique, artistique et pédagogique. Cette aide pourra également coopérer à leur établissement dans la vie à l’exclusion toutefois de la poursuite d’un bien matériel quelconque. Il pourra également être fait appel à la Fondation en cas de maladie, d’infirmité, ou de tous besoins ayant un caractère philanthropique. Jusqu’en 2001, les intérêts se montaient à quelque 8.000 euros par an. Entre 1995 et 2006, dernier inventaire disponible, 59.000 euros ont été dépensés, soit à peine 5.000 euros par an en moyenne, pour financer à 60% des voyages, essentiellement de petits-neveux (pas les Belges!), à Lourdes notamment. Les 40% restants ont fait le bonheur d’œuvres humanitaires tant en Belgique que dans le monde. Depuis lors, la reine Fabiola, qui conserve l’usufruit du domaine, a fortement augmenté le capital de la fondation afin de couvrir de gros travaux de restauration à la villa Fridhem. Car si la Reine ne se rend plus aujourd’hui dans sa retraite campinoise sans doute si pleine de souvenirs, ses neveux, eux, fréquentent le domaine. En particulier le prince Philippe. On sait que du vivant du roi Baudouin, le Prince s’y rendait volontiers le week-end auprès de son oncle et de sa tante. Il nous est revenu qu’il s’y est rendu encore récemment, avec Mathilde et les enfants, pour y passer quelques jours. «C’est vrai que des membres de la famille royale fréquentent le domaine d’Opgrimbie, mais pour des raisons de discrétion évidentes, je ne peux vous dire qui», nous confirme le bourgmestre de Maasmechelen, Raf Terwingen (CD&V). «Je suis à chaque fois prévenu par mon chef de zone, lui-même prévenu par le Palais royal, mais la sécurité du domaine est assurée par le service de sécurité du Palais, pas par notre police locale. Nous sommes juste informés de leur présence.»
Les buts philanthropiques? La cerise sur le gâteau

N’est-il pas justement là, tout l’objet de cette fondation? La transmission d’un patrimoine immobilier dans son intégralité à la génération suivante de la famille royale! Les buts philanthropiques de la fondation sont en quelque sorte une cerise sur le gâteau, mais son objet ultime… est le gâteau en lui-même, à savoir la jouissance d’un bien immobilier de génération en génération sans jamais avoir à payer de droits de succession dessus. Dans sa riposte à nos révélations sur sa fondation privée espagnole (lire par ailleurs), la reine Fabiola avait précisé que ses bénéficiaires ne pourraient faire sortir d’argent de cette fondation. Pas besoin en effet, puisqu’ils peuvent jouir de la propriété, ad vitam aeternam!

Outre un reportage photo exclusif sur ce domaine de 130 hectares bien caché au fin fond du Limbourg, dans le dossier que “Le Soir magazine” consacre cette semaine à la fondation Astrida, l’on verra comment cette fondation, comme le Fons Pereos et la fondation espagnole de la reine Fabiola ont été conçus par des pros de l’ingénierie bancaire et fiscale, dans l’esprit d’une autre réalisation majeure et génialissime: la Donation royale, inventée par Léopold II !

© PHOTONEWS

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