Le front ”uni” de la délégation belge aux States est parti en sucette: le ministre-président flamand Kris Peeters a déclaré qu’il entendait dans le futur se passer de l’autorisation du Premier ministre pour organiser ses propres rencontres bilatérales avec des chefs de gouvernement étrangers. L’embarras est visible tant au Palais qu’au Fédéral, mais un seul mot d’ordre au sein de la mission: pas de polémique…  

 Ce devait être la mission du visage belge uni, de  l’”Union fait la force” : jugez plutôt, l’une des plus longues et importantes missions économiques jamais organisées par le Commerce extérieur belge, avec pour la première fois depuis longtemps une pléthore de ministres régionaux. Ainsi derrière le prince Philippe et la princesse Mathilde qui président cette mission allant de New York à Boston en passant par Washington, le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères Steven Vanackere (CD&V) est là pour représenter l’échelon fédéral, ensuite chacune des régions a envoyé son ministre compétent pour les matières du commerce extérieur, Jean-Claude Marcourt (PS) pour la Wallonie, Benoît Cerexhe (CDH) pour la Région de Bruxelles-Capitale, accompagné par son homologue des finances et du budget régional Jean-Luc Vanraes (open-VLD) et pour la Flandre, rien moins que le ministre-président Kris Peeters (CD&V). Tous devant vanter les qualités de la Belgique commerciale. Mais certains semblent avoir d’autres ambitions. Ainsi, au coeur de cette mission, à New York, Peeters a organisé une soirée flamande à bord d’un bateau sur l’Hudson River pour célébrer… avec trois semaines d’avance la fête régionale (qui se tient en principe le 11 juillet en souvenir de la bataille des éperons d’or), à cette occasion il arborait au revers de son veston un pin’s à double drapeau très ciblé : celui des Etats-Unis et celui de la Flandre, en lieu et place du traditionnel double drapeau belgo-américain de la délégation. D’aucuns à bord avaient déjà trouvé cela choquant. À Washington, il persiste et signe, confirmant qu’il ne peut plus y avoir de mission économique princière son son incident de parcours. Peeters a ainsi confié à deux journalistes du “Morgen” et du “Standaard” qu’il voulait dans le futur organiser lui-même des rencontres bilatérales avec des Premiers ministres étrangers, sans plus devoir en référer au Premier ministre (fédéral). “L’époque où les entités fédérées occupaient le 2e ou le 3e rang sur la scène internationale est pour ainsi dire révolue.  Ainsi le 4 juillet prochain, il va recevoir le Premier ministre hollandais Marc Rutte et le Premier luxembourgeois Jean-Claude Juncker a marqué son accord pour une prochaine rencontre flamando-luxembourgeoise.

Au sein de la délégation, le malaise est visible. Le vice-Premier Vanackere est mal pris, Peeters est de son parti et en est même l’un des membres les plus influents, donc il minimise et botte en touche. Le Palais n’entend faire aucun commentaire, bien sûr, et veut se concentrer sur la mission. Et Peeters? Eh bien, il a réussi son coup, même s’il dément avoir choisi le moment si opportun de cette sortie médiatique…

Kris Peeters & le prince Philippe. ©RE