Au dernier jour de la mission économique en Thaïlande, le prince Philippe et la princesse Mathilde ont rencontré la presse pour une interview à bâtons rompus. Au programme, la mission bien sûr, mais aussi l’abdication du Roi, le sondage du “Soir magazine”, etc.

 

Philippe et Mathilde à coeur ouvert. (Crédit IMAGE GLOBE / BENOIT DOPPAGNE)

L’entretien s’est déroulé dans la très belle salle à manger de la résidence privée de l’ambassadeur belge à Bangkok, les Princes sont apparus plutôt détendus et n’ont esquivé aucune question, même les plus délicates. Comme celle de l’abdication éventuelle du Roi, en regard de la récente actualité des têtes couronnées en Europe.

Ici en Thaïlande, vous avez rencontré le roi Bhumibol, le souverain le plus âgé encore en exercice de toute la planète, vous imaginez cette situation en Europe ? On peut citer les exemples de la reine d’Angleterre et de la reine Beatrix… (Prince Philippe :) « Comme la situation actuelle le montre en Europe, chaque monarque prend sa décision à sa façon. La reine Beatrix a pris sa décision, la reine d’Angleterre, pour l’instant, ne l’a pas prise. Chaque pays est différent, chaque tradition est différente. C’est une décision qui revient vraiment au Roi ou à la Reine. C’est sa décision. »

Vous, vous seriez prêt à mourir sur le trône ? « Vous voulez déjà que je sois mort ? » (rires) Non. Plus tard, bien sûr, disons dans soixante ou septante ans… (rires) en fait, est-ce qu’un Roi reste jusqu’au bout sur le trône ? « Il n’y a pas “un” roi, il y a ce Roi-ci ou ce Roi-là… regardez le Pape… » Oui, c’est surprenant, est-ce que ça peut inspirer en Belgique ?,  c’est ça la question ! « Oui, je vous voyais venir (rires). Je ne suis pas la personne à qui le demander. Je suis désolé de vous décevoir, mais c’est une relation personnelle du Souverain. Quoi qu’il décide, c’est sa décision. Je n’ai même pas de remarque ou d’évaluation à faire, mais mon père fait très bien son travail. Nous, nous sommes ici et ce qui compte, c’est ce que nous faisons ici. J’en suis très fier. Ce qu’on a construit en 20 ans en matière de missions économiques est un modèle dont d’autres pays pourraient être jaloux. Il y a vraiment une entente entre Fédéral et entités régionales, entre le secteur public et les entreprises et d’autres acteurs encore. »

Notre sondage dans « Le Soir magazine » indique que vous êtes plus populaire que jamais, Monseigneur, et que vous êtes, Madame, la princesse préférée des Belges… – (Princesse Mathilde :) « Dites donc ! » (rires) – cela vous encourage-t-il pour votre destin futur ? (Prince Philippe : ) Ce qui importe, c’est la durée. C’est de servir son pays dans la durée. C’est ça la monarchie. C’est une vie donnée. C’est une vie qu’on ne peut pas mesurer en un jour. Si les gens sont contents, tant mieux, mais les choses se mesurent sur la durée. Ce qui importe aussi, c’est ce qui se fait sur le terrain, les relations qu’on crée. Cela fait maintenant vingt ans que je dirige ces missions. Je reviens ici et je revois les graines qu’on a plantées il y a douze ans et on continue à travailler dessus. C’est dans la durée qu’on mesure cela. » Madame ? (Princesse Mathilde : ) « Je vais m’inscrire dans ce que dit mon époux… » Philippe l’interrompt et dit : « Alors, moi, je vais répondre à ta place ! On ne peut pas parler de soi-même. Si mon épouse est appréciée, ça me fait plaisir. Et je sais qu’elle est appréciée par la population. Ca me fait un immense plaisir. Et je suis fier d’elle ! » (Mathilde : ) « Le fait de travailler au service de notre pays et d’aller à la rencontre de la population en Belgique ou à l’étranger, à travers toutes nos activités, c’est quelque chose que je fais avec tout mon cœur. »    

Qu’en sera-t-il des missions économiques lorsque vous serez devenu le Roi ? Qui pour vous remplacer à la présidence de ces missions ? « Nous verrons. La question se pose en théorie, mais pas encore dans la pratique. Je ne peux pas vous dire maintenant ce qu’il en est. Il n’y a pas de scénario. Mais je suis content que ce qu’on dit au sujet des missions est positif. C’est que je n’ai quand même pas si mal fait mon travail ! »

Certains ont proposé de réduire le nombre de missions économiques princières… (Prince Philippe:) « Je sais une chose : notre agenda de missions est plein. J’ai quatre missions par an comme d’habitude. Bien sûr, si on me demande d’en faire moins, on en fera moins. Mais si on demande aux entreprises, je ne suis pas sûr qu’elles voudront en faire moins. Les missions connaissent un succès grandissant. Les chiffres sont là : on prend à peu près 1.000 hommes d’affaires avec nous dans le monde entier. C’est significatif, les missions sont un très bel outil. »

L’homme d’affaires Fernand Huts, patron de Katoen Natie, a abordé un aspect très intime de votre vie privée au cours d’un déjeuner de 300 personnes (la conception de la future princesse Elisabeth le jour de la Saint-Valentin 2001 pendant une mission économique au Vietnam. Elle est née presque jour pour jour neuf mois plus tard, NDLR).  Etait-ce approprié d’en parler à ce moment-là ?  (Prince Philippe: )« Monsieur Huts a dit beaucoup d’autres choses qui n’ont pas été diffusées dans le monde entier (sourire) et que je trouve intéressantes. La place dans vos journaux est limitée.  Personnellement, je trouve dommage que ce genre de petites histoires prennent la place d’autres informations plus intéressantes. »

Les seules rencontres que nous avons avec vous se déroulent pendant les missions. Vous souhaiteriez plus de rencontres avec la presse ? Une autre communication ? (Prince Philippe : ) « Je trouve que quatre fois par an pouvoir se parler comme ça, c’est déjà bien ! Ca revient à dire… est-ce que vous avez d’autres questions. Au fond, vous posez ici des questions qui, la plupart du temps, n’ont pas grand chose à voir avec la mission. Elles peuvent être aussi posées en Belgique… Sauf qu’en Belgique, on n’a pas l’occasion de le faire… Mais ces questions, vous avez vu que nous n’avons quand même pas l’habitude de les esquiver ! »

(L’intégralité dans Le Soir magazine de mercredi prochain)