Ces deux dernières années, des monuments de la télévision ont fait leurs adieux. La génération dorée des séries semble révolue. La fiction télévisée entame une nouvelle ère. Enquête.

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Les spectateurs des années 80 et 90 se rappellent encore d’une époque où les séries n’avaient pas envahi le petit écran. Où l’on était content de découvrir un épisode inédit par semaine (excepté les “Feux de l’amour”, au rythme quotidien). C’était le temps des “Dallas”, “K 2000”, “Alerte à Malibu” et autres “X Files”. Le début des années 2000 marque un tournant important dans l’histoire de la télévision. On parle de l’âge d’or des séries. En l’espace de cinq ans, un nombre impressionnant de feuilletons a débarqué, d’abord aux USA, puis en Europe. Il s’agit de dizaines de programmes qui ont rassemblé des millions de téléspectateurs ! Récemment, ces “monstres sacrés” ont perdu de leur aura. À tel point que, faute d’audience (seuls les chiffres américains sont considérés par les producteurs), beaucoup ont nombre de séries ont interrompu les tournages et disparaissent progressivement des écrans. 2012 marque notamment la fin de “Dr House”, “Desperate Housewives”, “Les frères Scott” et “Les Experts : Miami”. Ces annulations succèdent à celles de “Lost” ou encore de “24 heures : chrono”. Autant d’anciens incontournables boudés par le public américain depuis plusieurs saisons.
Il n’est pas étonnant qu’une série, quelle qu’elle soit, prenne fin. Cependant, certains observateurs estiment que ces annulations sont révélatrices d’une lassitude du public envers un certain type de programmes. Les téléspectateurs auraient de nouvelles attentes en matière de fictions. Les producteurs sont donc en pleine recherche du nouveau filon. Ce renouveau se fait visiblement par tâtonnements.

Beaucoup d’appelés pour peu d’élus
Les maisons de productions américaines se sont attelées à créer des programmes originaux. Chaque saison, les chaînes proposent des grilles remplies de nouveautés. Les plus prometteuses d’entre elles sont ensuite revendues à l’international. Quant aux fictions qui ne convainquent pas le public elles sont généralement annulées. Certaines après quelques épisodes seulement. Ces dernières années, la télévision américaine a enregistré un nombre impressionnant de séries “mort-nées”. Les succès se font rares mais ils existent.
Depuis le milieu des années 2000, on constate un retour en force des séries au format des sitcoms (programmes généralement comiques dont les épisodes durent une vingtaine de minutes), un genre légèrement tombé en désuétude à la fin de “Friends”. “How I met your Mother” (proposé par Plug RTL), “ The Big Bang Theory” (diffusé par la Deux) ou encore “Modern Family” (sur RTL-TVI) enregistrent par exemple des audiences plus importantes que celles des “Experts”. Le problème ? En Belgique, ce genre de fiction ne fonctionne pas en prime time !
Sans doute désespérés par l’exigence des spectateurs, les créateurs se tournent vers d’anciennes valeurs sûres. C’est ainsi qu’on a assisté au retour de “Beverly Hills”, de “Melrose Place”, des “Drôles de dames” ou encore de “Hawaii Five-O”. La TNT américaine vient de lancer une nouvelle version de “Dallas” (prévue prochainement sur la RTBF). La plupart de ces remakes n’ont pas rassemblé le public escompté (sans parler de leur qualité discutable).
Enfin, certains ont tenté de s’inspirer de succès existants pour créer de nouvelles séries. “Mad Men” est un succès ? Pourquoi ne pas lancer “Pan Am”, qui suit le quotidien d’hôtesses de l’air dans les années 60 ? Ou “The Playboy Club”, qui s’intéresse à l’ouverture du premier club du même nom… dans les années 60 ? La popularité de “Glee” a également inspiré plusieurs programmes musicaux, dont “Smash”, qui se penche sur Broadway et la mise en place d’une comédie musicale sur Marilyn Monroe.
Malgré ces stratagèmes, les chaînes américaines comptent de moins en moins de séries incontournables.

Des répercussions en Belgique ?
Les audiences belges sont beaucoup plus stables qu’aux USA. Le public du plat pays se lasse visiblement moins vite. Pourtant, il subit la loi des chaînes d’Outre-Atlantique. Bientôt, la télévision belge ne pourra plus proposer d’épisodes inédits de “ Dr House”, de “Desperate Housewives” ou des “Experts : Miami”. Or, ces programmes restaient des références en Belgique francophone. Ont-elles des successeurs dignes de ce nom ? Les plus pessimistes répondront que non. Que très peu de séries pourront remplacer ces monuments. Et que les rares succès américains ne conviendront pas au public de prime time belge. Les chaînes belges devront sans doute se contenter des rescapés. En attendant la relève…