Le passionnant “Homeland” est diffusé sur RTL-TVI! Nous avons rencontré Howard Gordon, son créateur.

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“Homeland” est considérée comme l’une des séries les plus réussies de ces dernières années. Inspirée de “Hatufim”, un programme israélien, elle a été sacrée meilleure série dramatique aux derniers Emmy Awards, détrônant au passage l’incontournable “Mad Men”. Interview de Howard Gordon, créateur du feuilleton déjà connu pour son travail sur “24 heures : chrono”.

“Homeland” est inspiré de “Hatufim”. Pourtant, on ne trouve pas tellement de points communs entre les deux…

L’idée qui nous a séduits dans le feuilleton israélien, c’est de parler d’un ancien prisonnier de guerre. Les USA ont été engagés dans deux conflits récents et aucune série n’a pour héros un soldat rentré d’Afghanistan ou d’Irak. C’était un manque à combler. Nous nous sommes donc inspirés de “Hatufim”, qui met en avant la difficulté pour ses héros de se réadapter à la vie civile et qui évoque les conséquences de la guerre pour les soldats et leur famille. Mais nous avons dû adapter cette production au public américain, c’est-à-dire imprimer un rythme plus soutenu et passer de la chronique sociale au thriller. Nous avons ajouté des concepts qui sont propres à “Homeland”. Et si ce soldat, Nicholas Brody, avait été “retourné” ? Et s’il travaillait à la solde d’Al-Qaïda ? Qu’entend-on par “être retourné” ? Nous avons ensuite creusé ces idées : et si la seule personne qui considère le sergent Brody comme suspect était Carrie Mathison, une étrange agente de la CIA que personne ne croit ? Nous avions les bases de “ Homeland” !

Imaginiez-vous que la série aurait un tel succès ?

Pour être honnête, Alex (Gansa, cocréateur, ndlr) et moi y avons longuement réfléchi. Nous nous demandions si le public n’était pas lassé de fictions sur le terrorisme et les attentats. Nous espérions qu’avec une bonne histoire et des personnages intéressants, nous pourrions rassembler une audience suffisante. Jamais nous n’aurions parié sur un tel effet de foule. C’est toujours difficile à croire !

Parler terrorisme, espionnage, agent dormant… n’est-ce pas jouer sur la psychose qui s’est emparée des USA depuis le 11 septembre ?

Je ne pense pas, au contraire. Les gens ont la mémoire courte. Ils ont eu peur mais c’est terminé. Dans “Homeland”, personne ne croit Carrie. Sans doute parce qu’aux yeux de l’opinion publique, il n’y a plus de raison de s’inquiéter…

Le personnage de Carrie est difficile à cerner. On a du mal à comprendre si elle s’accroche au sergent Brody parce qu’il lui plaît ou parce qu’elle veut connaître la vérité…

Personne ne sait vraiment quelles sont les intentions de Carrie (rires). Je pense que c’est une femme très complexe et qu’elle-même ne comprend pas toujours ses actions. Il est évident qu’elle est attirée par le sergent Brody. Mais elle a un sens du devoir qui la pousse à vouloir protéger son pays d’une attaque terroriste. Les actes de Carrie ont sans doute une double explication : elle veut passer du temps avec un homme qui lui plaît et elle souhaite connaître la vérité à son sujet. Il faut dire que Carrie est un héros comme on en voit peu sur le petit écran. Il s’agit d’une marginale utilisant le sexe comme une arme. Elle n’est pas aimable et, surtout, elle souffre de bipolarité. Imposer une telle personnalité au public constituait un véritable pari. Mais nous avons espéré que le fait que Carrie soit excellente dans son travail représente une accroche suffisante pour les spectateurs. D’autant que personne ne la croit, ce qui entraîne l’empathie…

Claire Danes était-elle votre premier choix pour incarner l’agent Mathison ?

Nous avons façonné le personnage et, immédiatement, nous nous sommes dit que Claire Danes serait parfaite. À tel point que quand nous parlions de l’agent de la CIA, nous l’appelions Claire. C’était dans le script originel. Nous avons modifié le prénom par la suite. C’est une actrice qui arrive à jouer une femme forte et fragile à la fois. C’est une comédienne très intéressante et, à nos yeux, idéale pour le rôle.

Qu’en a-t-il été de Damian Lewis, qui campe le sergent Nicholas Brody ?

Trouver l’acteur qui incarnerait le sergent Brody a été plus difficile parce que nous ne savions pas vraiment à quoi nous voulions qu’il ressemble. Il pouvait être fier et sans peur ou, au contraire, meurtri et fragile. Damian Lewis faisait partie des gens à qui nous pensions. Et puis nous avons vu le film “Keane” et nous avons décidé d’engager Damian.

Sans trop révéler, la fin de la première saison clôt une intrigue. Pourtant, il y aura une deuxième et même une troisième saison. Comment allez-vous poursuivre ?

Nous savions que nous allions terminer la saison initiale en répondant à la plupart des questions que se posaient les spectateurs. On peut dire que “Homeland” deviendra une tout autre série dans sa deuxième saison. Les personnages seront toujours présents mais le suspense ne se posera plus sur la culpabilité ou non du sergent Brody.