Il tourne actuellement Le Baron Noir, la nouvelle série de Canal+ qui sera diffusée sur BeTV.

Kad Merad futur président de la République? @Reporters.

Kad Merad futur président de la République? @Reporters.

C’est dans un luxueux immeuble du huitième arrondissement de Paris que nous avons retrouvé l’équipe de tournage de la série “Le Baron Noir”. Et pour mettre en boîte ces huit épisodes, la chaîne n’a pas lésiné sur les moyens. Des moyens dignes du septième art. C’est d’ailleurs vers un réalisateur de cinéma, Ziad Doueiri, ancien assistant de Tarantino, que Canal a confié le projet. Côté casting, il y a aussi de quoi faire rougir certaines productions cinématographiques. Niels Arestrup, Anna Mouglalis et Kad Merad sont les personnages principaux de cette grande fresque politique. Le Baron Noir, alias Philippe Rickwaert (Kad Merad), est l’ancien bras droit du président de la République que ce dernier a sacrifié pendant l’entre-deux-tours de la Présidentielle. Trahi, délaissé, il va planifier avec soin sa vengeance et son retour sur le devant de la scène politique. Kad nous parle de ce rôle sérieux à mille lieues de la casquette de comique qu’il a souvent portée.

Les hommes politiques sont souvent décrits comme de très bons acteurs!
Ce sont des acteurs. Et là nous jouons à être des acteurs, c’est encore pire! Mais nous essayons d’être le plus réaliste possible. Le Baron Noir est ancré dans la réalité, dans le temps, nous parlons de l’évolution politique actuelle et de son climat.

Comment nourrissez-vous votre personnage?
Il est particulier. Maintenant, je l’habite depuis quelques mois donc je ne me pose plus de question par rapport à lui. Il est très clair. Le sujet de la série, c’est vraiment l’intimité politique, comment les hommes et les femmes politiques se comportent avant, pendant et après les meetings. Philippe Rickwaert est un peu comme moi: c’est un mec qui vient de la terre, qui vient du milieu ouvrier. Il s’est fait tout seul, c’est un autodidacte de la politique. Il est assez militant et il sera toujours du côté des ouvriers, du peuple. Il n’est pas l’investigateur de la corruption, c’est plutôt quelqu’un qui la subit. Mais il est assez manipulateur tout en restant fidèle à ses convictions. Il se bat tout le temps pour défendre ses idées.

Cela vous a-t-il surpris qu’on vous propose le rôle?
Oui, car je ne suis pas vraiment connu pour faire de la politique. Je suis uniquement connu parce que je suis un grand acteur! (Rires.) L’idée m’a tout de suite excité. Mais je ne me doutais pas que ce serait un tel rythme, douze pages par jour à étudier, des horaires de dingue. C’est un rythme extrêmement soutenu, surtout quand vous avez le rôle principal et que vous êtes presque de toutes les scènes. Et c’est un homme politique, donc il parle beaucoup! C’est très différent du cinéma. On a moins le temps de vider le disque dur avant de se remettre dans le bain des scènes suivantes.

Suivez-vous la politique?
Au quotidien, je suis quelqu’un de curieux. Je m’intéresse à tout, au sport, à la politique. Mais je ne suis pas cela de près.

Quel regard portez-vous sur le monde politique?
Je suis un idéaliste. Mon regard est simplement le suivant: j’estime qu’on ne laisse pas le temps aux gens de faire leur travail en politique. Je ne vais nommer personne mais on ne leur laisse pas le temps d’appliquer les réformes. Il faudrait qu’on évite de se jeter sur les hommes politiques dès qu’ils bougent un peu. C’est systématique, cela manque de réflexion, de discussion autour des projets. Et peu importe la couleur politique, c’est d’ailleurs le principe de l’opposition, quelle que soit la proposition, le clan adverse sera contre.

Vous n’êtes ni de droite, ni de gauche?
Exactement, je suis apolitique! J’ai plus une idée sur les personnes que sur les idées. Je n’ai pas grandi dans un milieu où nous parlions politique. Je peux donc être séduit par des gens de gauche comme de droite.

Auriez-vous pu faire de la politique?
Maintenant, oui! J’ai de plus en plus envie d’en faire quand je vois l’horizon politique qui se dessine.

Lequel?
Le Front national. Nous allons parler un peu sérieusement. Je pense qu’il est temps que nous prenions conscience qu’il est temps de faire quelque chose. Ce qui aurait pu sembler aberrant il y a quelques années est devenu normal. On n’a plus peur de montrer ses affinités au Front national. On n’a plus peur d’en parler, on invite les gens de ce parti à la télévision, même dans les divertissements, on les rend sympathiques.

Vous dites être séduit par des personnes et pas par une appartenance politique…
Mais là, c’est bien le seul parti où cela ne risque pas d’arriver! C’est fondamental. Je ne suis pas très calé en politique mais je connais un peu l’Histoire. Et là, elle se répète et cela me fait un peu flipper. Sans vouloir faire de parallèle, cela rappelle de mauvais souvenirs cette façon de s’immiscer dans la vie et de devenir sympathique. je trouve cela aberrant que l’on invite du Front national à la télé et qu’on les banalise.
Allez-vous voter? En Belgique, c’est obligatoire…
Non, je ne vote pas. Je suis un abstentionniste. C’est très intime comme sujet. Je ne vote pas car je ne me reconnais dans rien. Dans tout ce que je vois, je ne retrouve pas. Par contre, je peux aller voter contre quelque chose. En 2002 par exemple, je faisais partie des 80% qui se réveillaient contre le FN. Mais je ne sais pas si ce réveil-là aura lieu en 2017 car là, on va tout droit vers ce nouveau schéma. Mais on va s’en sortir, il faudrait un type sorti de nulle part pour venir nous aider!

Anna Mougladis joue une porte-parole de campagne. Que pensez-vous du rôle des femmes en politique?
Je ne fais aucune distinction entre un homme ou une femme politique. Je ne me dis pas: «Tiens, une femme au ministère de la culture». Je la vois en tant que personne.

Le fait de jouer ce personnage vous a-t-il fait changer de regard sur la politique?
Même si je me suis toujours intéressé à la politique, depuis que j’ai commencé le tournage, je m’intéresse plus à l’actualité des politiques. Je suis souvent à l’étranger et je regarde les chaînes info. Ce qui m’amuse, c’est de regarder les sorties publiques des hommes politiques et d’ensuite imaginer les coulisses. Comme la série est très réaliste, on voit des gens qui s’embrouillent à l’Assemblée nationale et puis, ils se tapent dans le dos. Je trouve ça fascinant. Il faudrait que nous arrivions à aimer les hommes politiques.

La série va-t-elle les faire aimer?
Je pense qu’elle peut créer des vocations. Moi, maintenant, j’ai envie de faire de la politique! Cela m’amuse. Je ne trouve pas cela très difficile en fait! (Rires.) Ce sont des hommes, ils ne viennent pas tous de grandes écoles. J’espère que la série va intriguer les gens ou leur donner envie d’un peu plus suivre la politique, de vouloir la comprendre. Le problème, c’est que puisque nous sommes arrosés en permanence par les chaînes d’info en continu, on n’a plus le temps de suivre. On ne sait plus ce qu’il se passe. Si j’étais président, je supprimerais les chaînes info! Mais aussi, j’offrirais à tous les Français un voyage à l’étranger pour qu’ils aillent partager des moments avec des gens différents. Je pense que le problème en France, c’est qu’on ne sait plus regarder celui qui différent, qui a des coutumes différentes, qui a une façon de s’habiller différente.

Êtes-vous amateur de série télé?
Pas du tout! Je regarde très peu la télé. À part les chaînes d’info en continu! (Rires.) En rentrant le soir, je n’ai pas le temps. Il faut étudier les textes. Et il faut dormir!