La Deux diffuse ce soir les premiers épisodes de la série de Canal+.

La vie à Versailles revisitée. @RTBF.

La vie à Versailles revisitée. @RTBF.

Avec un budget colossal de plus de 27 millions d’euros pour produire 10 épisodes, la série Versailles a vu les choses en grand. La somme allouée pour la saison 1 constitue le plus gros budget rassemblé pour une série produite en France. La reconstitution de l’époque de Louis XIV a été particulièrement soignée: près de 12% de cette somme a servi à la réalisation des costumes créés pour 100 personnages de premier plan et près de 200 comédiens faisant de la figuration. Pouvoir, stratégie et manipulations offrent tous les ingrédients nécessaires à un scénario riche en rebondissements.

Mais les puristes devront cependant être indulgents, certains choix des producteurs peuvent laisser dubitatifs. Et le premier, celui de tourner la série dans la langue de Shakespeare! Une décision qui porte pourtant ses fruits, commercialement parlant. À peine diffusée en France, cette coproduction franco-canadienne a déjà été rachetée par la BBC, une première pour une fiction française. Même si la nouvelle série de Canal+ n’est pas un docufiction, ses deux créateurs, les Anglais Simon Mirren et David Wolstencroft, ont tenu à être conseillés par un historien français. «Mon rôle, c’était que ce soit vraisemblable», a expliqué Mathieu Da Vinha, directeur du Centre de recherche du château de Versailles. «Ils sont partis de grands cadres historiques, qu’ils ont respectés: la recherche de noblesse, le problème protestant, les tensions diplomatiques avec la Hollande, la construction du château… Ensuite, tout est imaginé. Ils ont joué avec la chronologie, les faits, le langage. L’idée n’est pas de raconter la vie au jour le jour, c’est clairement une fiction.»

Sur le fond, Versailles se concentre sur les balbutiements de ce lieu qui aura un jour le rayonnement et l’importance qu’on lui connaît. Simple pavillon de chasse – simple mais déjà extrêmement spacieux – il est choisi par le jeune Roi de France comme future capitale royale. Il convoque son architecte et il projette d’en faire un palais somptueux à l’écart de Paris, loin des souvenirs traumatisants de la Fronde. Mari infidèle, frère de l’original Philippe d’Orléans, Louis XIV est complexe.

Souvent décrit comme un souverain tyrannique et autoritaire, il prend ici une dimension plus humaine qui laisse place à ses hésitations et ses faux pas, sa relation difficile et mouvementée avec son frère cadet constituant sans conteste le fil rouge des premiers épisodes. Un frère à l’homosexualité assumée et largement illustrée au fil des images. Car c’est une réalisation moderne qui attend les téléspectateurs, loin d’un Downton Abbey propre et soigné. Versailles est plus sombre, les scènes de sexe et de violence y sont omniprésentes. Comme si les producteurs avaient voulu s’inspirer du succès de Game of Thrones pour moderniser le sujet et conquérir une plus large audience.