Aux Etats-Unis, elles sont pourtant nombreuses à avoir franchi le cap

"Dix pour cent", l'exception à la règle ! @Photonews

“Dix pour cent”, l’exception à la règle ! @Photonews

Meryl Streep et Nicole Kidman dans Big little lies, Matthew McConaughey et Colin Farrell dans True Detective, Antonio Banderas dans Genius, Jessica Biel dans The Sinner, mais aussi Glenn Close, Jude Law… De très nombreuses stars du septième art américain ont franchi la frontière autrefois imperméable entre le cinéma et le petit écran. Les séries américaines aiment s’offrir de grands noms bankables et il n’est plus rare d’apercevoir des acteurs oscarisés au générique de certaines productions télévisées. Un phénomène pourtant beaucoup plus rare en France…

En dehors de Kad Merad dans Baron Noir sur Canal+, Carole Bouquet dans La mante diffusée sur TF1 ou encore Gérard Depardieu qui a tourné pour Netflix Marseille, les stars de cinéma sont peu nombreuses à s’inviter dans les séries. Les acteurs français de cinéma ont-ils un ego trop important pour s’abaisser à tourner pour la télévision? La réponse est heureusement un petit peu plus complexe que cela! Les projets télé étant de plus en plus qualitatifs, ce n’est pas la finesse des scénarios qui empêche des Marion Cotillard ou autre Vincent Cassel à se lancer dans le monde des séries. C’est du côté de la… rémunération des acteurs que la réponse pourrait se trouver. Qui dit star de cinéma dit chèque à plusieurs zéros. Des investissements que France Télévisions ou TF1 ne peuvent pas ou plus se permettre dans un contexte de plus en plus concurrentiel où la consommation de la télévision classique ne cesse de baisser. La faute aux spectateurs qui se tournent de plus en plus volontiers vers des plateformes de distribution telles que Netflix.

Netflix, géant dans ce domaine avec près de 120 millions d’abonnés dans le monde, peut se permettre de rémunérer grassement un monstre sacré comme Gérard Depardieu dans Marseille, Naomi Watts dans Gipsy ou encore Kevin Spacey dans House of Cards avant qu’il ne se fasse virer par la production suite à un scandale sexuel. Les télévisions françaises, par contre, historiquement associées au cofinancement du cinéma hexagonal, sont contraintes de faire des choix. Ce n’est donc que sporadiquement que certaines stars françaises se sont invitées dans des séries. On se souvient notamment d’Alain Delon dans le rôle de Fabio Montale. Exception à la règle, depuis l’arrivée de l’excellent Dix pour cent sur France 2, ils ont été nombreux à se bousculer au portillon pour incarner leur propre rôle dans cette série qui décrit avec piquant le quotidien d’une agence gérant la carrière de plusieurs acteurs. Line Renaud, Fabrice Lucchini, Isabelle Adjani ou encore Juliette Binoche y sont apparus le temps d’un épisode.

À l’avenir, les téléspectateurs devraient pouvoir admirer de grandes actrices françaises dans la petite lucarne. Catherine Deneuve, qui a toujours confié être une grande fan de séries télé, a confié qu’elle travaillait actuellement sur un projet de série. Romain Duris sera au casting de l’adaptation de Vernon Subutex de Virginie Despentes et la ravissante Marie Gillain est au générique de Speakerine, prochainement diffusé sur France 2. Quant à Nathalie Baye, elle s’investit dans Nox, la nouvelle série de Canal+, avec un évident plaisir: «Tourner pendant quatre mois offre plus de liberté dans le jeu et l’incarnation d’un rôle. Plus on avance, moins on est dans le contrôle. C’est une différence avec le cinéma. Mais il existe encore en France un certain snobisme: le 7e art serait noble et la télé un pis-aller car c’est du divertissement, gratuit, trop populaire. Pourtant, alors que je dois lire quinze scénarios de film pour en trouver un d’excitant, les séries nous offrent d’autres opportunités, d’autres univers.» Et d’avouer néanmoins avoir un peu hésité avant d’accepter le projet: «Un a priori idiot. J’avais peur d’être embarquée pendant un trop long moment. Une série, c’est un investissement énorme en temps. Or je suis une toquée de la liberté.» Le côté chronophage d’une série est probablement l’autre obstacle majeur qui bloque encore les pointures du cinéma français, en tout cas celles qui enchaînent les rôles grassement payés. Interprète de Sam dans la série éponyme diffusée sur TF1, Emmanuelle Seigner a jeté l’éponge pour cette raison après une seule et unique saison. «C’était speed même si c’était dans des conditions très, très confortables. À la fin, j’en avais une overdose… J’avais six fois plus de texte que pour un grand rôle au cinéma et ça a duré quatre mois, presque cinq, non-stop. Maintenant que j’en ai fait l’expérience, je ne pense pas que je referais d’autres séries. Je n’ai plus l’âge, c’est trop dur.» Et de rajouter dans les colonnes du Parisien: «Une série, c’est fastidieux. Et puis moi, j’aime bien faire un film ou un téléfilm et passer à autre chose. Je n’aime pas rester dans la peau d’un personnage trop longtemps.»

Cela dit, intégrer une star au casting n’est pas automatiquement un gage de qualité ou de succès. Netflix n’a pas reconduit la série Gipsy portée par Naomi Watts. Quant à Marseille, qui réunit Gérard Depardieu et Benoît Magimel, les critiques sont nombreuses et rarement élogieuses. Finalement, on y revient, le succès, c’est encore et toujours un bon scénario, fût-il porté ou non par des acteurs emblématiques…